Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/687

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l’alliance. Y avait-il un traité pour ouvrir le Bosphore aux escadres russes, quand, en 1833, les escadres russes, sur la simple invitation de l’ambassadeur, vinrent au secours de Constantinople menacée ? Existait-il un article secret qui fermât les Dardanelles au profit de la France, quand, en 1805, le général Sébastiani y fit placer quelques artilleurs français, et força la flotte anglaise à repasser le détroit ? Qui doute qu’en cas de crise, les Russes, alliés du sultan, ne fissent comme ils ont fait en 1833 comme fit en 1805 le général Sébastiani ? Encore une fois, l’alliance de la Porte et de la Russie, voilà la grande, voilà l’unique question.

Maintenant je demande s’il est un homme sensé qui, du côté de la Porte, croie cette alliance parfaitement volontaire et libre. Ce qui fait du successeur de Catherine II le plus fidèle allié du successeur de Selim, ce n’est pas telle ou telle convention publique ou secrète ; c’est la situation de la Russie dans la mer Noire, ce sont les établissemens de Sébastopol, c’est aussi le souvenir de 1792 et de 1829. A Constantinople, on sait très bien que huit ou neuf jours les Russes, sur une simple lettre de leur ambassadeur, peuvent avoir embarqué et transporté leurs troupes au pied de la capitale de l’empire. On sait très bien que deux jours après ils peuvent avoir fermé les Dardanelles. On est donc peu disposé, avec ou sans traité, à leur refuser une confiance dont ils se montrent si dignes, et à repousser des avances qui s’appuient sur de si bonnes raisons. On a dit plusieurs fois à la tribune que le traité d’Unkiar-Skelessi n’était qu’une bravade de la Russie pour couvrir la retraite forcée de ses troupes. Quand on regarde au fond des choses au lieu de s’arrêter à la surface, on en reste convaincu.

Mais admettons que le traité d’Unkiar-Skelessi fût très important en effet et très menaçant pour l’Europe, que devenait-il en face de la protestation si formelle, si explicite de la France et de l’Angleterre En déclarant qu’elles agiraient comme si le traité n’existait pas, la France et l’Angleterre ne l’avaient-elles pas dépouillé de toute sanction et de toute valeur ? Aller plus loin et signer une convention pour proclamer un principe absolu et immémorial, n’est-ce pas affaiblir ce principe au lieu de le fortifier ? Il y a sur ce point une autorité bien grave, bien imposante, celle du gouvernement français lui-même. Voici comment s’exprimait le gouvernement français dans une dépêche du 26 septembre 1839, citée à la tribune par M. Passy. Il s’agissait alors des propositions Brunow, favorablement accueillies en Angleterre.