Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/705

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doise, le grand-duché du Rhin, une partie notable de la Saxe, de la Westphalie et de la Franconie.

L’Angleterre a perdu sa colonie du nord de l’Amérique ; elle a gagné en Europe Malte, Heligoland, Gibraltar, les îles Ioniennes ; en Amérique, l’Acadie, le Canada et tout le continent septentrional, les Lucayes, les Bermudes, presque toutes les Antilles, une partie de la Guyane, les Malouines et quelques autres îles encore ; en Afrique, Bathurst, Sierra-Leone, plusieurs établissemens sur la côte de Guinée, l’importante colonie du Cap, l’île de France, Rodrigue, les Séchelles, Socotora, les îles de Loss, l’Ascension, Sainte-Hélène, et bientôt peut-être l’embouchure du Niger par Fernando-Po et Annobon ; en Asie, Aden, Ceylan, un empire de plus de cent millions d’habitans qui s’étend tous les jours, les îles Sincapoure, une portion de Malaka et de Sumatra, une première position en Chine ; dans l’Océanie enfin, la plus grande partie de l’Australite, la Tasmanie, les îles Norfolk, la Nouvelle-Calédonie, la Nouvelle-Zélande, les îles Sandwich, Taïti.

La Russie, qui n’a rien perdu, a gagné sur la Suède la Finlande, Abo, Wiburg, l’Esthonie, la Livonie, Riga, Revel, une partie de la Laponie ; sur l’Allemagne, la Courlande, la Samogitie ; sur la Pologne, la Lithuanie, la Volhynie, une partie de la Galicie, et la Pologne proprement dite ; sur la Turquie, une partie de la petite Tartarie, la Crimée, la Bessarabie, le littoral de la mer Noire et l’embouchure du Danube ; sur la Perse, la Géorgie, la Circassie, le Schirwan ; enfin les deux extrémités de l’Asie et de l’Amérique au point où elles se touchent et les îles qui en sont voisines [1].

Ainsi, dans le double mouvement d’expansion et de concentration qui tend partout à absorber les petits états dans les grands, et à soumettre la barbarie à la civilisation, toutes les puissances européennes de premier ordre ont gagné ; la France seule a perdu. Or, sa décadence se mesure sur ce qu’elle a perdu et sur ce que les autres ont gagné ; son infériorité se compose de ce qu’elle a de moins et de ce qu’elles ont de plus. La conséquence, tout le monde la sent, c’est que la France, comme puissance territoriale, est à deux titres déchue de son rang parmi les nations européennes ; c’est que les évènemens

  1. Si l’on veut se faire une idée nette du déclin de la puissance territoriale de la France et des progrès énormes de la puissance territoriale de la Russie et de l’Angleterre, on doit consulter deux cartes publiées en 1840 par Andriveau, sous ce titre : La France, l’Angleterre et la Russie en 1740 et en 1840. Rien n’est plus curieux et plus triste.