Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/730

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aujourd’hui comme l’expression réfléchie de sa foi et de ses espérances. Négation de la propriété, de la famille, du libre arbitre, du bien et du mal moral ; proclamation d’une force universelle et passive en place d’un dieu distinct et rémunérateur ; nivellement de toutes les industries au taux d’un service uniformément rétribué, substitution de la puissance publique à toutes les activités individuelles et du monopole social au principe de la concurrence, ardentes et vagues aspirations vers un état où toutes les conditions de la nature physique et morale seront bouleversées ce sont là les idées jetées en ce moment en pâture aux passions de la multitude comme aux méditations de l’intelligence solitaire.

Lorsqu’on relit par aventure les pages oubliées du Tribun du Peuple, et qu’on rapproche les rapsodies de cette époque de théories actuellement enseignées, ici sous forme populaire, là sous une enveloppe savante, on est un instant saisi d’une sorte d’effroi à la vue de cette marche de plus en plus rapide dans des voies inconnues ; il semble que le sol où vécurent nos pères soit à la veille de se dérober sous nos pas, et l’on reste comme obsédé par l’imminence d’un grand cataclysme. Il faut, pour se rassurer à cet égard, apprécier avec sang-froid et le vide de ces théories, et l’organisation intime de la société qui les repousse.

Il est utile d’étudier ces idées, ne fût-ce que pour acquérir le droit de moins s’inquiéter de leur diffusion ; il est important de les connaître pour estimer à leur valeur réelle les banalités dont s’alimentent presque exclusivement la presse et la tribune. Nous voulons aujourd’hui en présenter l’exposé rapide, en l’appuyant sur les moins contestables des autorités, sur des citations sincères et textuelles ; il est un ordre de pensées que l’analyse philosophique ne supplée pas, et dont il faut recevoir, sans intermédiaire, l’impression immédiate et personnelle. Lorsqu’on se rend compte du travail souterrain de certaines doctrines au sein des masses, et qu’on plonge au-dessus du gouffre que tant de passions s’efforcent de creuser, il est difficile de prendre au sérieux les lieux communs politiques et les thèses constitutionnelles à l’aide desquelles les partis parlementaires s’évertuent à se dessiner une position distincte dans l’intérêt de leur ambition et de leur avenir. La réforme électorale elle-même serait assurément une pure niaiserie, si elle était le dernier mot de l’école démocratique, le terme extrême de ses espérances. Cette réforme, en effet, dans la sphère où entendent la circonscrire les organes de l’opposition régulière, n’affecterait point le principe fondamental de