Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/731

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notre organisation politique, qui attribue le pouvoir à la représentation des intérêts combinés avec celle de l’intelligence, à l’exclusion du nombre et de la force matérielle ; elle aurait dès-lors une importance trop secondaire pour agiter des passions qui ne seraient pas appelées à en profiter.

Lors donc que la question de la réforme est embrassée avec ardeur par ces passions démocratiques qui seules lui donnent quelque vie dans la nation, il est trop évident que cette thèse est moins un but qu’un moyen, et qu’elle marque la première étape sur cette route mystérieuse dont le terme se dessine à grand’peine dans les vapeurs de l’horizon.

Dans un écrit destiné à organiser au sein des masses le mouvement réformiste, à en provoquer la manifestation par toutes les voies légales, un écrivain de la presse démocratique expose avec franchise la stratégie de l’opinion à laquelle il appartient ; et, s’arrêtant tout à coup devant le vide de cette réforme qu’il vient pourtant de réclamer avec tant d’insistance, il éprouve le besoin de justifier des efforts qu’on taxerait à bon droit de stériles, s’ils n’étaient un premier pas dans cette voie de rénovation dont la réforme serait l’instrument en même temps que le gage.

« La vie de notre siècle et de notre pays n’est pas dans cette agitation superficielle des passions politiques, qui ne sont trop souvent par elles-mêmes qu’une fièvre énervante. Elle est dans les idées qui germent, croissent, se ramifient de toutes parts, portant en silence au cœur d l’humanité une sève qui régénère ; un monde intellectuel se forme dans les esprits qui, par une sorte de création nouvelle, transformera le monde des faits, car c’est la destinée fatale de notre génération, en même temps que c’est sa gloire, d’avoir à se refaire elle-même, à refaire ses sentimens, ses intérêts, et jusqu’à son existence physique, par l’effet libre de sa pensée. Ainsi donc, ne nous y trompons pas, c’est au fond de la régénération de l’homme intérieur qu’il s’agit aujourd’hui ; ce sont les mœurs, les croyances, la science des choses divines et humaines qui sont surtout à relever de leur prostration. Sans cette rénovation intime, nulle réforme ne serait complète, nul progrès réel et normal. Nous dévoilerions, si notre sujet admettait de telle digressions, comment dans une zone obscure et souterraine de la société actuelle, dans ce qu’on pourrait appeler les catacombes de notre époque, un travail sourd et profond s’accomplit par le développement du sentiment de la fraternité dans le sein des masses, et par l’investigation philosophique la plus hardie