Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/778

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tence fort douce. Leur traitement est beaucoup plus considérable que celui des professeurs de Goettingue, de Berlin, et leur tâche beaucoup plus faible. Après avoir passé quelques années à Dorpat, ils achètent ordinairement une propriété à la campagne, et se retirent là avec une pension de retraite très respectable.

Cette université n’est certes pas au niveau des grandes et célèbres universités de l’Allemagne, mais elle est sans contredit la première de tout l’empire russe. Sans être fort active, elle a produit des travaux importans, et a été de temps à autre illustrée par des hommes d’une vraie distinction. L’esprit qui règne à cette école est tout-à-fait allemand ; les professeurs font leurs leçons en allemand, et les livres qu’on étudie le plus sont allemands. Les examens sont très sévères, le titre de docteur ne s’obtient à Dorpat qu’après des épreuves beaucoup plus rigoureuses qu’en Allemagne. Aussi cette université jouit-elle d’une grande considération, non-seulement dans les trois provinces soumises à sa juridiction scientifique, mais dans toute l’étendue du vaste empire russe. Quiconque sort de là comme théologien ou comme médecin est sûr d’être avantageusement placé. Un grand nombre de chirurgiens des régimens russes ont étudié là, et la plupart des pasteurs de communautés allemandes, répandues çà et là dans les différentes villes de la Russie, viennent aussi de Dorpat.

Cependant cette université a réellement peu de ressources scientifiques. Sa bibliothèque ne compte pas même quarante mille volumes, ses collections de zoologie et de minéralogie sont peut considérables ; son jardin botanique est plus riche : il renferme, dit-on, quinze mille plantes. Les ouvrages qu’elle publie chaque année n’accusent pas non plus de grands efforts d’esprit ni une grande fécondité. En 1840, toute l’université enfanta cent quarante livres gros et petits : sept en latin, sept en russe, six en dialecte esthonien, dix huit en dialecte de Livonie, quatre-vingt-quatre en allemand. La plupart de ces ouvrages se composaient de dissertations universitaires, poésies de circonstance ; sermons, livres de prière, histoires de la Bible, et autres productions en dehors du domaine littéraire, tels que calendriers, livres d’adresse, comptes courans.

Il y a, dans une ville située à peu près à la même latitude que Dorpat une autre université dont les professeurs ne reçoivent qu’un faible salaire, et qui s’est élevée bien plus haut. C’est l’université d’Upsal. Depuis sa fondation jusqu’à présent, cette université na pas cessé d’avoir des hommes du plus grand mérite, et de travailler avec éclat aux progrès de la science. Elle est pourtant isolée au milieu d’une province assez pauvre, éloignée des contrées les plus actives et les plus intelligentes. A quoi tient cette différence entre deux écoles de la même nature établies dans la même région ? C’est ce qui ne peut être expliqué que par la différence des institutions. A Upsal règnent les institutions d’un gouvernement libéral et progressif, à Dorpat celles d’une autorité craintive et cauteleuse.

La même différence reparaît entre la Suède et la Russie du nord dans tout