Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/811

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de gravité et de style qu’on ne peut guère exiger d’une première tentative de la part d’un artiste dont les études ont été toujours tournées vers le portrait.

Terminons cette revue par quelques mots sur la fontaine Saint-Victor, de M. Feuchères, placée derrière le Jardin des Plantes, à l’angle où s’élevait autrefois une de ces tourelles en forme de poivrière, restes du vieux Paris qui commencent à devenir rares.

Le voisinage du Jardin des Plantes a décidé l’artiste dans le choix de son sujet : il a représenté la nature sous la forme d’une jeune femme assise près d’un lion et entourée de fleurs, de plantes, de crocodiles et d’oiseaux de toutes sortes ; le socle est orné de mascarons formés par des têtes d’animaux, renard chien, loup, ours, singe, et ainsi de suite jusqu’au masque humain ; c’était là un excellent motif d’arabesque et d’ornement. M. Feuchères, qui est un homme d’esprit et de goût, en a tiré bon parti. Bien que l’on puisse désirer plus d’individualité et, le mordant d’exécution dans les détails, et que La figure principale soit d’un caractère indécis hésitant entre l’antique, la renaissance et la vérité prosaïque, l’ensemble est harmonieux et satisfaisant. Il est fâcheux que cette fontaine, d’un aspect riche, élégant et touffu, trouve relégué si loin, mais elle vaut qu’on fasse le voyage.

M. Paul Delaroche achève son hémicycle du palais des Beaux-Arts ; les travaux intérieurs de la Madelaine tirent à leur fin. — Vous voyez que Paris fait tout, son possible ou devenir la Rome des arts, comme il est déjà la Rome des idées.


THEOPHILE GAUTIER.