Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/875

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larges sources vives où la poésie nouvelle devait puiser à pleine coupe, et se perd en toute sorte de platitudes mesquines dignes de nos petits poètes de la régence. Que sont, en effet, ces élucubrations anacréontiques, si vous les comparez au moindre lied de Hagedorn ou de Günther ?… Klopstock lui-même ne comprend rien aux conditions du lyrisme allemand. Il lui manque l’oreille, il lui manque le sens de la mélodie, et je n’en veux pour preuve que l’antipathie insurmontable qu’il nourrissait d’enfance contre la rime ; disons en passant que la rime eut son tour, et se vengea de lui furieusement lorsqu’il voulut plus tard écrire ses chants sacrés.

Mais patience. Le vrai lied allemand ne tarda pas à sonner sa fanfare de résurrection, splendide fanfare dont la note éclatante et légitime eut bientôt étouffé le rhythme languissant et les tristes mélopées des bardes et des anacréontiques. Nous voulons parler de la pléiade de Göttingue, et surtout de Bürger, qui s’en fit l’étoile principale. Bürger rend au lied, abattu dans la fange et rampant terre à terre, ses deux ailes de papillon, ses ailes d’Elfe, qui le portaient autrefois vers le soleil : la rime et la musique. Bürger donne l’élan au retour de l’Allemagne vers les rives de la poésie nationale. Il prêche d’exemple cette croisade magnifique dont un autre que lui sera le héros. Le poète inspiré de Lénore joue le rôle de précurseur dans ce grand mouvement littéraire que le chantre heureux de Faust et de Marguerite viendra consommer. Göttingue prépare Weimar.

Tandis que Bürger éveille dans sa poitrine à l’écho profond, sympathique, puissant, des anciens lieds populaires, et se place comme un centre de résonnance au milieu des traditions de tous les pays du nord, survient Schiller avec son dithyrambe fastueux, ses sentimens bourgeois entonnés sur le mode pindarique, sa prosodie opulente et déclamatoire, et la tentative des poètes de Göttingue en reste là pour le moment. Schiller n’est point un lyrique dans la pure acceptation du mot. Nous avons dit nos raisons à ce sujet, et nous les maintenons. A défaut de ces lieds qui sont des odes, de ses odes qui sont des dithyrambes, de ses dithyrambes qui sont des épopées ou des symphonies avec chœurs, la critique qu’il a publiée des poésies de Bürger démontrerait clairement que l’auteur de Wallenstein, et de Guillaume Tell ne se fait pas une idée du genre. Schiller déclame toujours avec pompe, avec splendeur et majesté, nous l’avouons, mais cela suffit-il ? Et le poète qui déclame peut-il s’excuser à meilleur droit que l’orateur qui chante ? Ce que la muse allemande moderne a de pathos et d’amphase, c’est sans contredit de Schiller