Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/883

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et noble, s’ils veulent concourir véritablement au progrès et à la propagation des sciences, ils ne se borneront pas à entourer d’une pompe passagère ces brillantes réunions. Ils sentiront que ces honneurs rendus à la mémoire de Galilée et de ses disciples sont une espèce d’expiation, et une manière de protester contre les persécutions qu’éprouvèrent ces hommes célèbres, contre les difficultés de toute espèce qu’on leur suscita. Ce n’est pas seulement pour flétrir une sentence de l’inquisition que nous faisons aujourd’hui l’apothéose de Galilée, c’est aussi pour couvrir de ridicule une censure qui forçait ce grand philosophe à écrire univers au lieu de nature, et qui ne permettait au plus illustre naturaliste du XVIe siècle, à Césalpin, de lire un ouvrage de botanique imprimé en Allemagne qu’après avoir gratté partout le nom de l’auteur, qui était luthérien. Ceux qui protestent contre ces énormités, et qui veulent aider réellement à la propagation des sciences, doivent commencer par permettre une plus libre manifestation de la pensée et laisser voyager facilement les écrits des savans qu’ils engagent à se réunir. Or, sous ce rapport, il y a immensément à faire en Italie, et l’on ne saurait s’imaginer quelles sont les vexations et les entraves de toute espèces qui arrêtent les libraires et les écrivains italiens. A Naples, où que le droit d’entrée est si élevé que le prix des livres en est souvent plus que doublé, les censeurs (et il y en a partout en Italie) n’ont pas seulement le droit de refuser l’impression de tel ou tel passage et de l’ouvrage tout entier ; ils peuvent aussi imprimer en note au bas de la page une réfutation des opinions de l’auteur, et ce droit, dont ils usent assez volontiers, a donné lieu à une foule de quiproquos les uns plus plaisans que les autres. En Piémont, on arrache sans cérémonie d’un volume les pages qui déplaisent la police ; et qui sait si celle-ci ne méritera pas cet honneur ! A Milan, il y a peu d’années que l’illustre astronome Oriani nous a dit à nous-même qu’il attendait inutilement depuis long-temps le commencement d’un ouvrage de mathématiques écrit en français, qui avait été envoyé à Vienne pour être examiné, et dont la censure impériale avait retenu le premier volume, ne permettant la lecture que du second. Quant au duc de Modène, il s’y est pris de manière à faire damner tous les bibliographes présens et futurs. Pour être sûr que ses sujets ne seraient pas pervertis par les mauvais ouvrages anciens ou modernes, il a ordonné, sous les peines les plus sévères, que tous les livres, sans exception, qui existaient dans ses états fussent présentés à une commission chargée de les examiner et de décider si l’on doit en permettre la lecture. Si la