Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/911

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quis en était si long-temps et si violemment agité, que personne n’osait plus lui annoncer rien de pareil. Au reste, toutes les forces de son esprit se concentraient sur ce sujet avec une activité incroyable : les manœuvres de l’armée royale, les décisions du conseil supérieur, ce que l’on faisait, ce que l’on eût dû faire, était le sujet de tous ses entretiens ; mais il n’avait plus que Mainvielle à qui parler de tout cela : des jeunes filles ne pouvaient guère s’intéresser à la politique ; Mlle de La Charnaye, occupée de la maison, ne savait que s’effrayer et déplorer les malheurs publics. Mainvieille était un assez bon homme, mais bavard, raisonneur, sottement lettré, et gagné dans le fond à la cause de la révolution qui venait de faire tout récemment son frère officier, de simple sergent qu’il était. Le marquis s’en était aperçu dès long-temps, et n’avait point osé se débarrasser de lui, de peur de se faire un ennemi ; il le savait d’ailleurs honnête homme. Mainvielle en avait donné des preuves à Paris ; il avait tenu la vie de son maître dans ses mains sans songer à commettre une mauvaise action, mais il avait assez volontiers gardé son franc parler sur les évènemens, ce qui, bien des fois, impatientait le marquis et le dégoûtait peut à peu de cet homme. Il ne résistait pas cependant au désir de l’attaquer là-dessus ; cette opposition même irritait sa manie, il avait la faiblesse d’en vouloir triompher ; il cherchait, comme c’est le propre des gens possédés d’une idée, à remettre sa plaie à vif par la discussion, et le silence lui était plus insupportable que la contradiction. Il s’en prenait d’ailleurs à tout le monde. Mlle de La Charnaye, avec cette délicatesse exquise des femmes, éludait ses questions ou savait y répondre sans le blesser ; mais Mainvielle, grossier, quoique respectueux, et gâté de pédantisme, n’était point capable de ces ménagemens dans un temps où la république après tout gouvernait la France.

Jusqu’alors, il est vrai, on n’apprenait que des victoires du côté de l’armée catholique. Les généraux Salomon et Lygonier avaient essayé de couvrir Saumur d’une armée qui avait été dispersée et presque détruite. Le marquis avait fait illuminer le château et chanter un Te Deum dans la chapelle à cette occasion. Cependant ces victoires même, en redoublant son exaltation, le replongeaient de plus haut dans son abattement par l’impuissance d’y prendre part. Mainvielle, au milieu des Vendéens, effrayé sans cesse du bruit de leurs avantages, d’imprécations et de menaces contre son parti, de vœux contraires aux siens, n’osait pas toujours se prononcer ouvertement, et peu s’en fallait souvent qu’il ne crût sa cause décidément ruinée. Le marquis, pour des raisons analogues, dans la crainte et