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REVUE DES DEUX MONDES.

Je veux savoir quel temps, sans être enseveli,
Je flotterai sur l’eau qui ne garde aucun pli,
Et dans combien de jours, comme un peu de fumée,
Des cœurs éteints s’envole une mémoire aimée.

Le voyage est un maître aux préceptes amers ;
Il vous montre l’oubli dans les cœurs les plus chers
Et vous prouve, misère et tristesse suprême !
Qu’ingrat à votre tour vous oubliez vous-même.
Pauvre atome perdu, point dans l’immensité,
Vous apprenez ainsi votre inutilité ;
Votre départ na rien dérangé dans le monde ;
Déjà votre sillon s’est refermé sur l’onde.
Oubli par les uns, aux autres inconnu,
Dans des lieux où jamais votre nom n’est venu,
Parmi des yeux distraits et des visages mornes,
Vous allez sur la terre et sur la mer sans bornes.
Par l’absence à la mort vous vous accoutumez.
Cependant l’araignée à vos volets fermés
Suspend sa toile ronde, et la maison déserte
Semble n’avoir plus d’ame et pleurer votre perte,
Et le chien qui s’ennuie et voudrait vous revoir
Au détour du chemin va hurler chaque soir.


EN PASSANT À VERGARA


No vaya usted a ver eso que le dara gana de vomitar.


Nous avions avec nous une jeune Espagnole
À l’allure hardie, à la toilette folle,
Au grand front éclatant comme un marbre poli,
Où la réflexion n’a jamais fait un pli,
Encadré de cheveux qui venaient en désordre
Sur un col satiné nonchalamment se tordre ;
Des sourcils de velours avec de grands yeux noirs,
Renvoyant des éclairs comme un piége à miroirs ;
Un rire éblouissant, épanoui, sonore,
Belle fleur de gaîté qu’un seul mot fait éclore ;
Des dents de jeune loup, pures comme du lait,