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POÉSIES

Dont l’émail insolent sans trêve étincelait ;
Une taille cambrée en cavale andalouse,
Des pieds mignons à rendre une reine jalouse ;
Et puis sur tout cela je ne sais quoi de fou,
Des mouvemens d’oiseau dans les poses du cou,
De petits airs penchés, des tournures de hanches,
De certaines façons de porter ses mains blanches,
Comme dans les tableaux où le vieux Zurbaran
Sous le nom d’une sainte, en habit castillan,
Représente une dame avec des pandelocques,
Des plumes, du clinquant et des modes baroques.

Or pendant que j’errais dans la vaste fonda,
Attendant qu’on servît la olla podrida,
Et que je regardais, ardent à tout connaître,
La cage du grillon pendue à la fenêtre,
Un mort passa, — parant pour le royaume noir ;
Et comme je voulais descendre pour le voir,
(Car sur le front des morts le rêveur cherche à lire
Ce terrible secret qu’aucun d’eux n’a pu dire)
L’Espagnole, posant ses doigts blancs sur mon bras,
Me retint et me dit : Oh ! ne descendez pas,
Cela vous donnerait, à coup sûr, la nausée !
Elle jeta ces mots vaguement, sans pensée,
De cet air de dégoût mêlé d’un peu d’effroi
Qu’on aurait en parlant d’un reptile au corps froid.

Ce spectacle, effrayant pour le héros lui-même,
Qui fait pâlir encor le front du chartreux blême,
Après vingt ans de jeûne et d’angoisses passés,
Un crâne sous la main, entre des murs glacés,
La mort n’a donc pour toi ni leçon ni tristesse ;
Et parce que tu bois le vin de ta jeunesse,
Que tes cheveux sont noirs et tes regards ardens,
Qu’il n’est pas une tache aux perles de tes dents,
Tu crois vivre toujours, sans qu’à ton front splendide
Le temps avec son ongle ose écrire une ride ?
Et tu méprises fort, dans ton éclat vermeil,
Le cadavre au teint vert qui dort le grand sommeil !
Et pourtant ce débris fut le temple d’une ame ;