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REVUE DES DEUX MONDES.

Ce néant a vécu ; cette lampe sans flamme
Que la bouche inconnue a soufflé en passant,
Naguère eut le rayon qui t’éclaire à présent.
Sans doute ; mais pourquoi plonger dans ces mystères ?
Laissons rêver les morts dans leurs lits solitaires,
En couversation avec le ver impur !
À nous la vie, à nous le soleil et l’azur,
À nous tout ce qui chante, à nous tout ce qui brille,
Les courses de taureaux dans Madrid ou Séville,
Les pesans picadors et les légers chulos,
Les mules secouant leurs grappes de grelots,
Les chevaux éventrés et le taureau qui râle,
Fondant, l’épée au cou, sur le matador pâle !
À nous la castagnette, à nous le pandero,
La cachuca lascive et le gai boléro,
Le jeu de l’éventail, le soit, aux promenades,
Et sous le balcon d’or les molles sérénades !
Les vivans sont charmans, et les morts sont affreux,
Oui ; — mais le ver un jour rongera ton œil creux,
Et comme un fruit gâté, superbe créature,
Ton beau corps ne sera que cendre et pourriture,
Et le mort outragé, se levant à demi,
Dira, le regard lourd d’avoir long-temps dormi :
« Dédaigneuse ! à ton tour tu donnes la nausée ;
Ta figure est déjà bleue et décomposée,
Tes parfums sont changés en fétides odeurs,
Et tu n’es qu’un ramas d’effroyables laideurs ! »


EN ALLANT À LA CHARTEUSE DE MIRAFLORES


Oui, c’est une montée âpre, longue et poudreuse,
Un revers décharné, vrai site de chartreuse ;
Les pierres du chemin qui croulent sous les pieds
Trompent à chaque instant les pas mal appuyés.
Pas un brin d’herbe vert, pas une teinte fraîche :
On ne voit que des murs bâtis en pierre sèche,
Des groupes contrefaits d’oliviers rabougris
Au feuillage malsain, couleur de vert de gris,