Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/104

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sans intérêt de voir comment les populations ressentaient l’agression des barbares.

« Toute la population et les vieux habitans de Sam-yeou-lee, Sei-tsun, Nam-oan et de plus de quatre-vingts villages confédérés déclarent qu’ils ne veulent pas vivre sous le même ciel avec les Anglais rebelles, et jurent solennellement de les exterminer de la face de la terre.

« Dans les temps passés, les étrangers anglais n’ont jamais voulu se tenir à la place qui leur était assignée, et ils ont maintes fois violé les lois de notre céleste dynastie. Dernièrement, ils ont attaqué et pris le fort de Shakok (Bocca-Tigris), tuant et blessant nos mandarins et nos soldats, se prévalant de la profonde bonté de notre gracieux empereur, qui voulut bien ne pas les égorger, et eut pitié d’eux comme d’hommes venus des contrées lointaines. Ces étrangers, cependant, n’ont pas le moindre sentiment de reconnaissance ; ils ont nourri dans leur cœur les intentions les plus perverses ; ils ont envahi votre territoire et pénétré dans l’intérieur de notre pays ; ils ont, sans la moindre considération, lancé partout leurs flèches de feu, brûlant et détruisant les maisons du peuple ; ils ont, enfin, osé attaquer les murailles même de la ville, affectant de mépriser nos plus hauts mandarins. Les hauts commissaires impériaux, voyant que la cité et ses faubourgs étaient menacés de la destruction, ont daigné remettre leur épée dans le fourreau, afin de tranquilliser le peuple, et les barbares auraient dû naturellement à leur tour montrer quelque humanité et cesser les hostilités. Mais qui aurait pu le supposer ? Avides de victoire, ils n’ont pas prévu les désastres de la défaite. Ils ont continué à avancer, lâchant leurs soldats contre nous, ravageant nos villages et bouleversant tout. Ils ont enlevé les bœufs qui nous servaient à labourer nos terres, ils ont foulé aux pieds nos champs et nos récoltes, ils ont fouillé les tombeaux de nos ancêtres ; ils ont violé nos femmes et nos filles. Les dieux et les démons sont égaleraient irrités contre eux. Le ciel et la terre ne peuvent plus tolérer leur barbarie.

« C’est pourquoi, réduits au désespoir et ne pensant plus à notre sûreté personnelle, nous nous sommes précipités sur l’ennemi commun ; déjà Elliot était cerné à la porte du nord, nous avions coupé la retraite de Bremer à Nam-oan et tranché la tête à plus de cent rebelles. O vous, rebelles barbares, qu’était devenue alors votre valeur si vantée ? Et si l’honorable chef du district (le kwalag-chop-foo) n’était venu lui-même vous arracher de nos mains, comment auriez-vous pu arriver vivans jusqu à vos navires ?

« Nous avons appris maintenant que vous avez publié des proclamations tout le long de la route, calomniant nos généraux, leur refusant les lauriers qu’ils ont conquis ; vous avez répandu des bruits mensongers parmi la multitude, vous avez dit que Bremer seul pouvait dorénavant redresser les torts et apaiser notre soif de vengeance. Ne nous regardez pas comme des êtres aussi dégradés, car, quand notre colère est soulevée, notre indignation est semblable au choc des nuages. Nous sommes déterminés à délivrer notre pays de vos hordes infames. L’homme riche qui a le cœur bien placé fournira des