Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/122

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bateau à vapeur de 200 chevaux venait de passer, la Danaïde toucha sur une roche à laquelle elle resta quelque temps attachée. Ceci se passait à la vue de l’escadre anglaise, et l’amiral, qui avait à sa disposition quatre bateaux à vapeur, ne fit pas la moindre offre de service ; il resta spectateur impassible, mais non indifférent sans doute, des efforts que fit la Danaïde pour sortir de ce mauvais pas. Au bout d’une demi-heure, ce navire, qui, sous le commandement de M. de Rosamel, a déjà rendu de si importans services, avait triomphé de l’obstacle, et poursuivait sa route. Quelques mois plus tard. M. Cécile, commandant la frégate française l’Érigone, se vengeait noblement de cet acte très peu amical, et, je l’avoue, peu conforme au caractère de la marine britannique, en envoyant ses embarcations au secours du bateau à vapeur anglais la Méduse, échoué sur un banc de sable dans la baie de Manille. Je ne vous ai raconté, monsieur, le fait qui précède que pour vous montrer combien il répugne aux chefs de l’expédition anglaise d’avoir des témoins des difficultés que rencontre la grande entreprise à laquelle ils se sont dévoués, et des faciles triomphes de leurs armes.

Le 9, la division anglaise était réunie et prête pour l’attaque. La ville de Chin-hae, située à l’embouchure de la rivière de Ta-hea, qui, à douze milles plus haut, baigne les murs de Ning-po, était le but désigné cette fois aux armes anglaises. Au bout de quelques heures, elle était prise presque sans résistance. Là, comme dans l’attaque de toutes les fortifications chinoises qui ont cédé à la supériorité de la tactique européenne, quelques centaines de soldats, en contournant des positions dont le front était pour ainsi dire inexpugnable, et en prenant les défenses par derrière, rendirent toute résistance impossible. A onze heures, les Anglais étaient maîtres de toutes les hauteurs qui, de la rive opposée, commandent la ville. Les Chinois n’avaient pas pensé à détruire un pont placé sur un premier bras de la rivière.

Voici un trait de philanthropie chinoise que je vous laisse, monsieur, le soin d’apprécier. Une compagnie de soldats anglais allait entrer dans un fort, quand un Chinois se plaça devant eux et chercha par ses signes à les arrêter. Ces démonstrations retinrent en effet la troupe un instant, et, au moment où elle se remettait en marche, une mine, qui eût pu lui être fatale si les soldats eussent été un plus avancés, fit explosion. L’intention du Chinois était-elle d’arrêter les Anglais le temps nécessaire pour que la mine n’éclatât pas trop tard ? C’est ce que je ne chercherai pas à expliquer.

A deux heures, les troupes de débarquement pénétraient de toutes parts dans la ville de Chin-hae, escaladant les murailles au moyen d’échelles. Les portes étaient encombrées de sacs remplis d’herbe. On trouva toutes les maisons fermées et la populace se livrant au pillage. Les mandarins avaient disparu.

« Chin-hae, dit M. de Rosamel, défendue par une garnison de quinze cents hommes, avec des ressources de fortification immenses et des accidens de terrain on ne peut plus avantageux, prise en quelques heures par douze ou