Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/125

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de mille à douze cents hommes. Les Anglais entrèrent à Ning-po comme dans une ville morte ; toutes les maisons étaient fermées ; seulement, sur la plupart des portes on lisait ces mots : Habitans paisibles. C’était une espèce de charme au moyen duquel on espérait soustraire la propriété à la dévastation.

Presque sans s’arrêter à Ning-po, l’amiral remonta, avec quelques bateaux à vapeur, la rivière de Ta-hea ; à environ quarante milles de Ning-po, on trouva la ville de Yu-haou, où on fut arrêté par un pont de pierre. C’était là un obstacle facile à vaincre, mais l’eau commençait à devenir trop basse, même pour les bateaux plats, et on rebroussa chemin. On ne trouva rien à Yu-haou, si ce n’est, comme à Ning-po, des rues sans autres habitans qu’un peuple tremblant et à genoux. Yu-haou est une ville de quarante à cinquante mille ames. Pendant tout le trajet de la petite escadre de Ning-po à Yu-haou, on put remarquer que les populations chinoises descendaient des collines et s’avançaient jusqu’au bord du fleuve pour voir passer les barbares et les bateaux de feu.

On prétend qu’au retour des chefs de l’expédition à Chin-hae, plusieurs marchands vinrent les trouver et leur offrirent d’ouvrir leurs maisons et leurs magasins, s’ils voulaient leur promettre de les protéger contre les terribles chances de la rentrée des mandarins. J’ai peine à croire, je l’avoue, que cette proposition ait été faite ; elle me surprendrait moins à Canton que dans une ville de l’intérieur de la Chine. Dans tous les cas, l’offre des marchands chinois fut sans doute repoussée, car le commerce demeura interrompu. On prétend encore, car le plus grand secret fut gardé par le plénipotentiaire et par les chefs militaires, qu’une rançon de 20 millions de piastres (environ 125 millions de francs) fut demandée pour évacuer la ville de Ning-po. Chin-hae devait rester au pouvoir des Anglais. Cette demande, si elle fut effectivement faite, resta sans résultat.

Tels furent, monsieur, les fruits de cette campagne de six semaines ; Amoy, Chusan, Chin-hae, Nin-po, tombèrent au pouvoir des Anglais. Ces conquêtes ne coûtèrent pas plus de vingt hommes à l’Angleterre, tandis que la perte des Chinois s’éleva environ à trois mille hommes. Déjà cependant la mousson de nord-est commençait à souffler avec violence sur toute la côte, et l’armée anglaise, divisée en plusieurs corps, dut prendre ses quartiers d’hiver dans ses nouvelles conquêtes. Les positions gardées par les divers corps d’occupation sont encore celles où ils sont retenus au moment où nous écrivons. Cependant il est probable que, vers le mois d’avril, de nouveaux mouvemens auront lieu, et qu’on ouvrira une nouvelle campagne avec des ressources plus considérables en hommes et en navires.

Pendant que l’expédition anglaise se promenait sur la côte de Chine, arborant son pavillon vainqueur sur tous les points qu’elle jugeait à propos d’attaquer, les choses en étaient toujours, dans la rivière de Canton, au point où nous les avons laissées. La trêve durait encore, mais la lettre en était pour