Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/152

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ment plus désireuse de les consolider que de les accroître. Dans les premières années qui ont suivi 1830, il semblait qu’on n’obtiendrait jamais assez de réformes ; aujourd’hui la société témoigne plutôt l’envie de faire halte dans la voie des innovations ; naguère elle aurait précipité tous les changemens, maintenant elle les ajourne pour en examiner mûrement l’à-propos et la nécessité. C’est à cette disposition incontestable de la France que le parti conservateur doit la faveur avec laquelle le pays le voit depuis plusieurs années.

Continuons d’interroger les sentimens de la nation, et nous la trouverons plus préoccupée des questions de politique étrangère que des questions intérieures. Il importe de préciser la mesure de ces préoccupations sans aller au-delà comme sans rester en-deçà de ce que sent et veut le pays. La France souhaite sincèrement conserver la paix européenne, et ce désir est bien partagé par tous les peuples qui l’environnent. Eh ! qui songe à la guerre ? Qui voudrait interrompre brusquement par une prise d’armes ce mouvement d’idées et d’intérêts qui a commencé le jour où Napoléon est tombé ? Pour rouvrir le jeu des batailles, les esprits sont trop éclairés, et les ames trop molles. La paix ne sera pas troublée, mais la France veut qu’elle soit pour elle digne et satisfaisante ; comme la paix est dans l’intérêt de tous, la France n’entend pas y faire de sacrifices particuliers. Certes jamais sentiment national ne fut plus modéré ni moins blessant pour les autres peuples. Cependant il y a deux ans la France a pu croire que, pour conserver la paix générale, elle avait mis du sien un peu plus qu’on n’était en droit d’exiger d’elle. Cette pensée, qu’on lui avait fait exagérer la mesure des concessions, lui a été amère. Nous ne déclamons pas, ce nous semble, en signalant ce froissement de l’honneur national comme un fait incontestable, comme un sentiment unanime. C’est au moment où le pays se trouvait ainsi affecté qu’est survenue la question du droit de visite : cette question a trouvé la France et les chambres résolues à deux choses, ne plus faire de concessions, et surtout n’en plus faire à l’Angleterre. Pour nous, nous avons reconnu que le parti conservateur était devenu un parti vraiment politique par la prompte intelligence avec laquelle il s’est fait l’organe du sentiment national. Il n’a permis à personne de faire mieux que lui quand il s’est agi d’exprimer les intentions du pays. Cette habile conduite, en le rendant plus populaire, a eu aussi l’avantage de prêter à notre gouvernement une grande force dans ses négociations. Le cabinet a pu montrer à l’Europe l’unanimité du pays et s’en appuyer.