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travail et le dévouement, mais sur l’action des partis et les vicissitudes de la politique ; de même qu’on a tout à craindre, on ose tout espérer ; on ne songe plus aux affaires de l’état, mais à sa propre affaire ; c’est dans cette vue toute personnelle qu’on exerce tout ce qu’on possède d’influence et de pouvoir.

Certes nous ne sommes pas de ceux qui appellent de tous leurs vœux un vaste système d'incompatibilités. Il n’est pas moins vrai que rien ne serait plus propre à rendre ce système nécessaire et à lui concilier l’opinion générale que des choix qui désorganisent le service public et portent le trouble dans l’administration. Comment admettre qu’un ministre trouve au palais Bourbon des égaux et presque des supérieurs dans ses subordonnés, dans ces mêmes hommes qu’il doit pouvoir diriger, avertir, destituer ? Comment supposer, par exemple, qu’un proviseur viendrait passer à Paris, pendant plusieurs années de suite, tout juste les mois qui composent l’année scolaire ?

Quoi qu’il en soit, nous attendons avec une sorte d’impatience le terme de la lutte électorale. Lorsqu’une grande question politique n’agite pas le pays, que la victoire de l’administration parait assurée et facile, le débat se trouve rapetissé ; les partis, voulant cependant faire quelque chose, s’abaissent jusqu’aux commérages, et nous fatiguent d’une petite guerre de personnes qui manque à la fois de vérité et de dignité. Les uns scrutent la vie privée des candidats, les autres rajeunissent de vieilles anecdotes, vraies ou fausses, dont le public est depuis long-temps rassasié. L’opposition reproche à un conservateur sa mauvaise orthographe ; les conservateurs cherchent dans la grammaire des armes pour frapper un libéral. On connaît l’insuffisance de ces moyens ; on sait très lien que messieurs les électeurs ne tiennent pas beaucoup aux délicatesses du langage et aux élégances du style épistolaire, qu’ils ne se laissent guère troubler par quelques consonnes de plus ou de moins et par quelques accens mal placés. Qu’importe ? Ce qu’on veut avant tout, c’est de faire un peu de peine à ses adversaires, c’est de leur rendre bien amer le calice de l’élection. Ce but est atteint. Le malheureux candidat en butte à ces attaques est dévoré pendant trois semaines de la fièvre électorale. Je ne sais si les médecins l’ont classée. Elle est intermittente, quotidienne ; les accès se renouvellent tous les matins vers sept heures, à la distribution journaux, et se terminent, le jour de l’élection, par une crise salutaire chez les élus, en une longue et pénible convalescence pour les candidats éconduits. Sans doute il y a là une source abondante de comique de bon aloi. Aussi, au milieu de beaucoup d’injures grossières et de diatribes dégoûtantes, serait-il facile de signaler dans la presse quotidienne des critiques, des portraits, des réfutations, des peintures que ne dédaigneraient pas Molière et Pascal. On se prend seulement à regretter que tant d’esprit et de talent s’appliquent à des hommes et à des choses que rien ne peut sauver de l’oubli ; c’est une véritable dissipation des trésors de l’intelligence.

Mais ce qu’on doit le plus déplorer de ces débats tout personnels, de cette polémique toute de récriminations et de chicanes, c’est la nécessité où se trouvent les combattans de s’adresser à tout ce qu’il y a de moins pur, de