Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/186

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cette solennité, elles auraient passé inconnues sur la terre, la bienfaisance particulière eût pu les secourir, mais nous aurions perdu l’édification de leurs exemples, et nous n’aurions pas éprouvé cet attendrissant respect, cette pénétrante admiration que leurs vertus inspirent et qui portent les cœurs à les imiter.

M’excuserai-je devant cette assemblée de m’être étendu avec trop de complaisance sur la vie de ces deux filles, entre lesquelles l’Académie a partagé le prix en leur donnant à chacune 3,000 francs ? Je l’avouerai sans embarras, j’étais ému, entraîné, charmé par le spectacle de tant de vertus unies à tant d’indigence, et de la vocation sublime de l’homme se révélant sous le toit du pauvre dans tout son éclat. Mais je craindrais d’abuser de l’attention de ceux qui m’écoutent, d’affaiblir même les impressions qu’ils peuvent avoir reçues, en reproduisant des récits de même nature, et cependant, je dois le dire, quelquefois aussi touchans. Tant de beaux traits, de vies dédiées au bien, ont été de tous les points du royaume portés cette année à la connaissance de l’Académie, qu’elle a cru devoir distribuer encore sept médailles, chacune de 1,000 francs, et huit de 500 francs. Celles de 1,000 francs sont données à Marguerite, femme Pouyadoux, aux demoiselles Point et Ausart, aux époux Trottot, à Marie Delaforge, et aux nommés Jean-Baptiste Festin et Ignace Queter, pour des actes de bienfaisance et de dévouement à l’humanité, dont le détail se trouvera dans le livret destiné à répandre de tels exemples dans toutes les communes de France. Les médailles de 500 francs ont été accordées à Pierre Rache, Marie Goutelle, Louise Perrin, aux époux Busson, à la veuve Gobein, à Marie Ardaillon, au gendarme Marteau, et à Françoise Collin. Enfin l’Académie a voulu qu’une mention très honorable fût faite, dans le rapport de son directeur, des actes de charité chrétienne dont se compose la vie entière de M Postel, supérieure des sœurs de la Miséricorde établies à Saint-Sauveur le Vicomte, arrondissement de Valognes, et de la fondation du sieur Lacourtyade, demeurant à Saint-Sever, département des Landes ; fondation qui a pour but le soulagement de la classe ouvrière et indigente.

L’Académie, messieurs, aurait cru qu’elle n’avait pas accompli toute sa mission, celle que M. de Monthyon lui a confiée, si elle était demeurée indifférente ou silencieuse en présence du fatal évènement dont Paris restera long-temps attristé. Assurément, il n’y a pas de vertu sans moralité. Si le mot virtus pour les anciens voulait dire force, énergie, courage, le mot vertu, pour des chrétiens, ou même aux yeux de la morale éclairée de notre époque, exprime avant tout une idée morale, et la vertu pour nous est inséparable de l’honnêteté. Il n’en faut pas moins encourager, récompenser, et de la façon la plus éclatante, ces traits de courage, de dévouement, ou plutôt d’abnégation spontanée, par lesquels l’homme risque sa vie pour sauver celle de son semblable. L’acte est moral et beau, quelle que soit la moralité d’ailleurs de celui qui s’en montre capable. L’Académie aurait donc méconnu, cela est