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I

Les rares voyageurs qui, avant l’expédition d’Égypte, avaient visité les bords du Nil s’étaient arrêtés la plupart au Caire. Volney n’alla pas plus loin. Bien peu s’aventurèrent au-delà, et si l’on excepte Pococke et Norden, personne n’avait donné de description un peu exacte des ruines qui couvrent l’Égypte supérieure. Cependant, depuis les pyramides jusqu’à l’île de Philae, au-dessus de la première cataracte, on trouve, sur les bords solitaires du fleuve, une longue suite d’anciens monumens, et nulle part on ne rencontre, dans un espace aussi étroit, réunies tant de ruines majestueuses. La commission qui fut jointe à l’armée d’Égypte les dessina et les décrivit avec un grand détail et le soin le plus attentif.

C’est à Denderah que l’on voit le premier temple égyptien, quand on monte du Caire. Il est d’une si imposante grandeur, qu’à sa vue les soldats français présentèrent les armes, par un mouvement spontané d’admiration. Mais rien n’égale dans le monde entier la majesté des ruines de Thèbes. Cette résidence des plus illustres Pharaons occupait une plaine circulaire que des rochers brûlans enferment de tous cotés. On voit maintenant, sur les deux rives du Nil, au lieu de l’immense cité, quelques pauvres villages, quelques champs, des sables, des bosquets d’acacias et de palmiers, et tout un peuple de colosses debout encore ou couchés à terre, des obélisques, des portes gigantesques, des pans de murs, des colonnades, des allées de sphinx, des temples et des palais, témoins silencieux des magnificences passées. Ce spectacle, qui dit si éloquemment combien puissante et vaine est l’œuvre de l’homme, produit l’impression la plus solennelle. Tous les voyageurs, quelque différens qu’ils soient du reste, sont unanimes dans leur admiration, et les plus froids ont trouvé quelque enthousiasme en parlant de ces ruines augustes.

Le style simple et grave de l’architecture égyptienne, l’air de mystère qui la distingue, augmentent encore l’étonnement. Les temples et les palais offrent la même disposition générale. Leur porte extérieure est flanquée de deux énormes massifs de pierre, qui s’élèvent comme des tours carrées. On a donné le nom de pylône à cette construction qui ne se trouve qu’en Égypte. Les pylônes, comme le reste de l’édifice, ont leurs murs en talus, et se terminent en terrasse. Au dehors ni colonnade, ni fenêtres. On dirait une masse compacte taillée