Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/308

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C’est entre le fleuve Blanc ou le Nil, le fleuve Bleu et l’Atbarah, que se trouve le pays connu des anciens sous le nom d’île de Méroë. La nature prend ici un aspect tout nouveau ; la contrée s’accidente : de nombreuses rivières l’arrosent ; les pluies des tropiques y versent pendant trois mois leurs torrens sur la terre, qui verdit alors comme par magie ; la plaine est inondée, les habitans se réfugient avec leurs troupeaux sur les hauteurs ; puis, quand la saison des pluies a passé, un soleil ardent dessèche la campagne, bientôt dépouillée de sa parure et qui de toutes parts n’offre alors que l’image du désert. De nouvelles plantes, de nouveaux animaux apparaissent : le baobab étend ses rameaux gigantesques, le rhinocéros et l’éléphant viennent visiter les solitudes herbeuses qui traversent le fleuve Bleu. Ce n’est plus le Nil qui est le seul nourricier de la terre, ce n’est plus une seule vallée, un paysage monotone, un ciel inaltérable, le calme et la simplicité de la nature égyptienne. Il était donc probable que l’art égyptien, si bien en rapport avec cette nature, n’a pas pris naissance ici, quoiqu’il n’ait pas manqué d’historiens pour dire que Méroë était la métropole et l’institutrice de Thèbes. Les découvertes de M. Cailliaud décident la question. Il a trouvé des temples, des sphinx, des pyramides, de style égyptien, il est vrai, mais d’un goût altéré qui trahit par mille indices la décrépitude de l’art et non pas son enfance.

A Assour, sur l’emplacement présumé de Méroë, on trouve des groupes nombreux de pyramides. Ces tombes, dispersées dans un lieu maintenant désert, ont un air grave et mystérieux qui n’est pas sans quelque grandeur. Rien du reste ne rappelle les pyramides d’Égypte. Celles de Méroë en diffèrent par leur petitesse, par leur élancement, par les cordons de pierre qui bordent leurs arêtes, par le peu de soin avec lequel elles sont orientées, et par le vestibule et le pylône de chétives proportions qui précèdent leur entrée. Elles ne s’en distinguent pas moins par leur manque de solidité. Les pyramides de Gizèh sont aussi remarquables par le soin de leur construction que par leur masse énorme. Abd’Allatif disait qu’on ne pouvait pas même introduire un cheveu entre les pierres du revêtement. Les sultans du Caire qui ont voulu les détruire ont dû renoncer à cette entreprise, tant il était difficile de déplacer ces pierres colossales si habilement ajustées et si bien cimentées. La solidité est un des caractères les plus frappans de l’architecture égyptienne.

Les pyramides de Méroë sont construites de matériaux petits et mauvais, les plus grosses pierres n’ont pas trois pieds, encore ne les a-t-on employées que pour le revêtement ; l’intérieur n’est qu’un