Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/352

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sions, non d’opinions, mais de personnes, de ces divisions qui, paralysant les forces du parti constitutionnel et conservateur, le frappent d’impuissance au profit des adversaires de la monarchie et de la révolution de juillet.

Quoi qu’il en soit, nous aimons encore à espérer que la chambre, telle qu’elle est, s’efforcera d’offrir à une administration éclairée un appui permanent et solide. La grandeur du mal lui fera peut-être sentir la nécessité d’un prompt remède ; au lieu d’assister il des tournois de tribune, elle voudra sans doute prendre sa part dans le gouvernement du pays. Les élus de 1842 voudraient-ils se représenter aux élections futures comme ayant fait partie d’une chambre impuissante et bavarde ? Les élections d’hier ont assez prouvé à toutes les opinions qu’on peut perdre la confiance des électeurs, et qu’il ne suffit pas d’avoir été député pour être certain de l’être encore.

Au surplus nos vœux doivent être partagés par tous les hommes sérieux, et en particulier par ceux qui se croiraient appelés, dans des circonstances données, au gouvernement du pays. S’ils s’appliquaient à diviser, à fractionner la chambre, ils la retrouveraient un jour telle qu’ils l’auraient faite, divisée et fractionnée. Ils auraient beau renaître à la vie politique ; la chambre, par ses fluctuations et ses caprices, rendrait leur existence, incertaine ; elle ferait aussi ses fantaisies à leurs dépens ; une maîtresse impérieuse et fantasque n’assure à personne des jours filés d’or et de soie. Gouverner avec une chambre ainsi faite est chose absolument impossible. Qu’on s’appelle Soult, Guizot, Molé ; Thiers, Dufaure, Lamartine, peu importe. Il n’est donné à personne de bâtir sur le sable. Dans une chambre fractionnée et mobile, qu’on saisisse le pouvoir ou qu’on le perde, on ne peut jouer d’autre rôle que celui de combattant. Toute la question se réduit à savoir de quel côté on combattra, si on s’appellera ministère ou opposition, si on aura été mêlé à l’intrigue qui vient d’aboutir, ou si on se mêlera à celle qui va s’ourdir. Pour échapper à ces tristes nécessités, tout cabinet nouveau ne pourrait avoir qu’une pensée, une espérance, la dissolution ; mais c’est là un jeu plein d’aventures et de périls, et on a droit de se demander s’il est permis à des intérêts personnels, à des ambitions politiques, de jouer ainsi avec nos institutions, et de mettre le repos de la France sur un coup de dés.

Nous l’avons dit souvent et nous le répéterons, dussions-nous nous exposer au reproche de niaiserie : les hommes politiques qui prennent soin de l’avenir du pays n’ont qu’une route sûre et digne à suivre ; c’est de travailler tous également à corriger dans la chambre les tendances naturelles de notre temps, à y former une majorité gouvernementale. Que cette majorité se nuance d’une couleur ou d’une autre, ce n’est pas le point essentiel pour la monarchie et pour la France. Mais ce travail de cohésion et d’organisation parlementaire est impossible, tant que les hommes influens seront tous séparés les uns des autres, que dis-je ? ennemis l’un de l’autre, n’avant qu’une pensée, qu’un but, l’anéantissement politique de ses adversaires. Que peuvent les hommes subalternes lorsque les chefs leur prêchent la désertion, la discorde ?