Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/351

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régler le cas particulier, rien n’est plus facile ni plus simple. Les principes de notre ancien droit public se concilient parfaitement avec les exigences du gouvernement représentatif.

Cette circonstance, la nécessité où l’on se trouve d’appeler sans retard les chambres à s’occuper de travaux sérieux, donnent aux élections qui viennent de s’accomplir une importance imprévue et toute nouvelle. On peut se demander avec une sorte d’inquiétude, que sera donc la chambre que les collèges électoraux viennent de nous envoyer ?

Disons-le sans détour : les prévisions générales, ces prévisions dont les hommes de la gauche eux-mêmes ne pouvaient se défendre, ne se sont pas réalisées. Cette fois encore, le fait a déjoué les calculs qui paraissaient les mieux fondés. La majorité, que le gouvernement espérait de voir s’augmenter de soixante voix au plus, de vingt voix au moins, reste à peu près ce qu’elle était. La chambre nous revient coupée dans des proportions analogues à celles qui divisaient l’ancienne chambre. Les conservateurs s’y trouveront en majorité ; mais les oppositions réunies formeront une phalange formidable, et toute défection momentanée d’une fraction de conservateurs peut enfanter une crise. L’administration se trouve ainsi à la merci d’une bouderie, d’un mécontentement, d’une intrigue ; et comme il y aura dans la chambre cent députés qui auront la prétention, plus ou moins fondée, d’être ministres ou de faire des ministres d’abord pour le devenir eux-mêmes ensuite, on peut craindre de voir recommencer une législature toute de luttes ministérielles, de querelles de portefeuilles et de places, jusqu’à ce que le pays blessé, fatigué, comprenne que c’est là aussi un véritable abaissement continu, et qu’il est temps de réagir par les élections contre cette politique personnelle et subalterne ; car il est à peu près impossible de gouverner, de faire les affaires de la France, de lui donner les lois, les institutions, les perfectionnemens qui lui manquent, avec une chambre ainsi fractionnée, tiraillée, où se trouvent cinquante petits groupes et pas une seule masse à la fois intelligente et compacte. C’est cette masse que nous désirions, non dans l’intérêt de quelques hommes, mais dans l’intérêt du pays, pour qu’on pût enfin gouverner, administrer et développer tous les germes de grandeur matérielle et morale que la France renferme dans son sein. Peu nous importait que le pays prît ses élus au centre gauche ou au centre droit ; ce que nous désirions, c’étaient des conservateurs éclairés et fermes, des amis à la fois résolus et modérés de la monarchie constitutionnelle, des hommes comprenant tous les besoins du pays et disposés à les tous satisfaire dans de justes proportions. Ces hommes, on les trouve également au centre droit et au centre gauche ; ce sont au fond les mêmes opinions, les mêmes doctrines ; ils ont combattu sous le même drapeau, rendu à la France les mêmes services. Ce qui les divise, ce ne sont pas des questions de principes ; ils veulent tous la monarchie, la dynastie, la charte, et le développement successif et mesuré de tous les élémens de la grandeur et de la prospérité nationale. L’histoire sera sévère un jour à l’endroit de ces divi-