Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/361

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biale ; ce n’est pourtant, au fond, qu’une variante du costume grec. Leur justaucorps étincelant de boutons dorés et de broderies en soie de toutes couleurs descend du cou jusqu’à la ceinture ; il dessine admirablement leur taille et tous leurs mouvemens. Les deus manches, le plus souvent ouvertes et détachées des bras, flottent comme deux ailes derrière les épaules. Mais ce qui caractérise avant tout l’enfant des phis (clans) albanais, c’est le phistan, qui rappelle le kilt des anciens Celtes et la jupe courte des soldats romains. Le phistan ou la foustanelle se compose de cent vingt-deux morceaux de toile, coupés en biais et très larges aux extrémités inférieures, où ils forment des plis innombrables. Longue de près de deux pieds cette espèce de tunique, ornée d’un feston de soie brodé à jour, se serre autour des hanches avec une coulisse ; elle prête à la démarche un caractère de légèreté et de force qui frappe l’étranger [1]. On doit avouer, à la honte des guerriers albanais, que les foustanelles blanches et propres sont rares ; un brave se vante de n’en avoir qu’une, et de la porter sans jamais en changer jusqu’à ce qu’elle tombe en lambeaux ; il croit montrer par là qu’il dédaigne la mollesse et le luxe. Les Albanais se rasent la tête comme les Turcs, avec cette seule différence qu’ils laissent flotter par derrière, dans toute sa longueur, une touffe de cheveux qu’ils ne coupent mais. La coiffure ordinaire est le fez rouge ; les ulémas se réservent le turban ainsi que le droit de porter la barbe ; les autres Albanais ne laissent croître que leurs moustaches. La coiffure des femmes ne diffère de celle des hommes que par les pièces de monnaie dont elle est ornée, et par les tresses abondantes qui s’en échappent de tous côtés. La chaussure des guerriers est une espèce de guêtre en drap, garnie d’agrafes et de galons de soie, et imitée du cothurne antique ; elle descend du genou jusqu’au pied, qui est recouvert tantôt d’un soulier de maroquin rouge, tantôt d’un simple morceau de cuir non tanné, attaché comme une sandale autour de la jambe avec des cordons. Les Albanais n’ont d’autre lit que la terre, sur laquelle ils étendent une natte en feuilles de palmier ou quelque riche tapis rapporté du pillage d’une ville asiatique ; ils dorment tout habillés, après s’être fait un oreiller de leur abas, manteau en poil de chèvre ou simplement en peau de mouton. Ils ne sont pas plus délicats pour la nourriture que pour le coucher. En voyage, ils ne font qu’un seul repas ; dans leurs foyers, une soupe de riz

  1. Malgré son ampleur, un beau phistan ne se vend guère que 15 francs. Il est très utile au voyageur de prendre le phistan en Albanie.