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ses industrieux Hellènes, d’être encore pour la Turquie d’Europe la ville des arts et des marchandises de luxe. Ses étoffes d’or, ses maroquins, ses soieries, ses toiles teintes, ses pâtisseries et fruits confits sont recherchés par tout l’empire. Les tailleurs de cette ville sont ceux qui savent le mieux faire ressortir la beauté du corps sous la beauté du vêtement. Nulle part les femmes grecques ne sont plus charmantes, nulle part aussi elles ne sont plus laborieuses et ne se distinguent par une plus sévère moralité. Traversée par deux grandes rues qui se croisent à angle droit, Janina a sept églises et quatorze mosquées, avec un hôpital, une petite bibliothèque et un collège grecs. Ce collège, où s’enseignent le grec, le latin, le français, et où les cours sont gratuits, comme dans toutes les écoles d’Orient, a été établi par deux philantropes d’Épire, Capelan et Sosimos, avec des fonds qu’ils ont déposés à la banque de Moscou.

Janina est la ville la plus élevée de l’Épire : soit qu’on vienne d’Arta par le défilé des Cinq-Puits, soit qu’on arrive de Corfou en longeant les cimes acrocérauniennes, la route va toujours en montant jusqu’au plateau dont cette capitale occupe le centre. Rien de plus délicieux que ce bassin, flanqué dans son pourtour par des étages de montagnes verdoyantes que termine la cime neigeuse du Pinde. Malheureusement l’incurie ottomane a laissé le beau lac qui baigne la ville devenir un fétide marais. Ce lac est double ; la partie supérieure porte le nom d’Orako ; la partie inférieure, appelée Labchistas (Libisdas chez les écrivains de la Byzantine), aboutit à des lagunes croupissantes qui vont se perdre sans aucun bouillonnement sous les rochers du Tomoros, pour reparaître deux lieues plus loin au fond d’un gouffre et former la Velchis, affluent de la Kalamas. Parmi les affluens du lac d’Orako, se remarque le torrent de Dobra-Voda ou Krio-Nero (l’eau fraîche), qui sort par une caverne des flancs glacés du mont Matzikeli il passe près du couvent vénéré des deux Saints sans argent, ou de Come et Damien, deux médecins qui, pour avoir exercé leur art sans rétribution, sont devenus après leur martyre comme les Dioscures des Grecs modernes. Il ne manque au district de Janina qu’une étendue de terre cultivée capable de nourrir une grande ville ; aujourd’hui les blés et les vivres lui viennent principalement de la Thessalie, qui aurait ainsi le pouvoir d’affamer l’Épire.

La quatrième province albanaise, la Liapourie ou Acrocéraunie, est située à l’occident de l’Épire et borde l’Adriatique. Elle se compose de tous les versans des monts de la Chimère, dont les cimes saccadées et brisées, hautes de cinq à six mille pieds, attirent fréquem-