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nous apprennent sur le mouvement, sur les phénomènes de tout genre qui se passent autour de nous. Dès son début, elle proclame la nécessité de l’observation, l’autorité de l’expérience, et ses adeptes demeurent constamment fidèles à ces grands principes. Jusque dans leurs écarts les plus excentriques, au milieu des rêveries alchimiques, nous les voyons occupés à manipuler, à tourmenter en tout sens la matière, pour lui arracher ses secrets, et, alors même où ils annoncent les résultats les plus chimériques, c’est encore aux faits, à l’expérience qu’ils en appellent.

Les premiers âges de la chimie nous sont entièrement inconnus. On ne peut former que de vagues conjectures sur ce qu’a pu être cette science chez les peuples dont l’antique civilisation nous étonne encore par ses gigantesques monumens, par une perfection que nous ne pouvons souvent dépasser dans les produits industriels. Il faut arriver jusqu’au VIIIe siècle pour sortir à cet égard du champ des hypothèses. A cette époque, nous trouvons en Espagne un Arabe, Gëber, qui nous lègue le premier traité de chimie connu. Dans cet ouvrage, à côté de détails et de faits exposés avec une clarté et une précision qu’on pourrait avouer de nos jours, se trouvent des allégories mystiques et inexplicables, relatives à la médecine universelle et à la pierre philosophale. Ainsi un roi prêt à monter à cheval, boit une telle quantité de l’eau qu’il aime et dont il est aimé, qu’il est au moment d’expirer. Les médecins égyptiens achèvent de le tuer en le plaçant dans une étuve, après l’avoir coupé en petits morceaux et pilé dans un mortier pour le guérir, mais les médecins alexandrins le ressuscitent en le pilant de nouveau avec certaines substances, et faisant fondre le mélange sous un brasier ardent dans une chambre en forme de croix.

Dès ce moment, nous voyons se manifester une double tendance au milieu du ramassis indigeste de recettes qui constitue cette chimie primitive. La médecine et l’alchimie se partagent cette science encore au berceau. Les successeurs de Geber, tels que Rhazès, Avicennes, Averroës, lui conservent ce caractère. Sous leur influence se forme cette doctrine physiologique et médicale connue sous le nom de médecine des Arabes, dont l’astrologie et surtout la chimie sont les principaux élémens, et qui, réunie aux traditions plus sages de Galien, jette un si vif éclat dans les écoles de Séville, de Cordoue et de Grenade, alors que le reste de l’Europe est plongé dans la barbarie.

La destruction des dynasties arabes en Espagne, les longues guerres