Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/427

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est parvenu au chiffre de cinquante cinq, non compris le calorique, la lumière, l’électricité et le magnétisme, agens, impondérables dont la nature nous échappe, et que nous connaissons seulement par leurs effets.


II

Est-il probable que l’état actuel de la science soit l’expression de la vérité ? Est-il raisonnable d’admettre, que dans la composition des corps, la nature ait renoncé à cette admirable simplicité de moyens que nous retrouvons à chaque pas dans ses œuvres les plus complexes ? ri ne cause unique précipite à terre le fétu que notre œil peut à peine apercevoir, enlève au-dessus des nuages le ballon de l’aéronaute, retient les planètes dans leur orbite, et lance dans l’espace ces astres errans dont la course n’a mathématiquement d’autre terme que l’infini. Pour régler tous ces mouvemens des mondes ou des atomes, la pesanteur seule a suffi ; et pour créer la matière, il faudrait cinquante-cinq élémens ! Quatre forces distinctes seraient dépensées à lui imprimer des modifications ! Pour celui qui a sérieusement étudié la nature, qui a su voir avec quelle merveilleuse économie de procédés elle arrive aux plus grands résultats, ces chiffres ont quelque chose de si étrange, qu’il est tout d’abord porté à les regarder comme inexacts. Aussi, la simplicité des élémens isolés par les chimistes n’est-elle admise par la plupart des esprits éclairés que comme l’expression des faits actuellement connus, et nullement comme une de ces vérités en qui on peut avoir pleine confiance.

Les progrès journaliers de la science semblent confirmer de plus en plus cette manière de voir. Déjà les physiciens ont reconnu entre la lumière et le calorique de telles analogies, qu’on peut prévoir avec assurance le moment où leur identité sera universellement admise. Le magnétisme et l’électricité se fondent en quelque sorte l’un dans l’autre. La chaleur engendre la lumière et l’électricité. Cette dernière, à son tour, peut développer les trois autres agens impondérables, et donner naissance à des phénomènes magnétiques, lumineux et calorifiques. Ainsi, il est raisonnablement permis d’espérer que sous peu ces quatre forces seront regardées à juste titre comme de simples modifications d’un agent unique, peut-être de cet éther dont nos physiciens admettent l’existence, comme l’avaient fait, il y a deux mille ans, les philosophes grecs.