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gneurs. Son nom, déjà connu, devint tout d’un coup célèbre ; des académiciens, voyant son tableau, le Triomphe de Galathée, offrirent à Vanloo de l’admettre dans leurs rangs, si le prince voulait abandonner son œuvre à l’Académie de peinture. Le prince refusa, disant avec orgueil que la place que tenait chez lui Jean-Baptiste Vanloo valait mieux qu’une place à l’Académie.

Peu de temps après, notre peintre, qui aimait avant tout la liberté, quitta l’hôtel Carignan pour venir habiter un pauvre logis près du Louvre. Il avait déjà amassé quelques bribes de fortune. Il se remit à faire des portraits pour accroître ses ressources. Comme il avait la touche légère et spirituelle, comme il répandait sur toutes ses figures un vrai charme de fraîcheur, il fut bientôt à la mode parmi les plus grandes dames. Il peignit toute la cour du régent. Philippe d’Orléans l’aimait et lui voulait du bien : il lui offrit un appartement au Palais-Royal ; mais le peintre lui dit naïvement que son atelier à lucarnes, où il pouvait embrasser sa femme et jouer avec ses enfans en toute liberté, lui semblait plus beau qu’un palais. A force de faire des portraits, il fit sa fortune, une belle et bonne fortune. Par malheur il crut à Law ; hasarda tout dans sa banque et perdit tout. Il se retrouva encore pauvre sans trop se plaindre. Une grande infortune ne vient jamais seule : le duc d’Orléans, qui lui avait dit : « Comptez sur moi ; faites le portrait du roi, et moi je referai votre fortune, » le duc d’Orléans mourut. Jean-Baptiste Vanloo espérait encore peindre le jeune roi : il fut refusé. Dans son désespoirs il part en poste pour Versailles, parvient à voir le roi, le regarde avec des yeux de peintre, revient à Paris, et fait le portrait le plus ressemblant qui existe de Louis XV. Le roi apprend ce coup de maître ; il appelle devant lui Jean-Baptiste, le complimente, et lui commande un portrait en pied. Ce portrait, qui servit de modèle à presque tous les autres portraits de Louis XV, fut regardé alors comme un chef-d’œuvre : c’est un joli portrait, mais il y a loin de là à un chef-d’œuvre.

En 1731, l’Académie l’accueillit sur un tableau très gracieux de Diane et Endymion. La fortune lui était revenue sans trop se faire prier ; loin de rencontrer des obstacles, il ne rencontrait que des amis ou des admirateurs. Le prévôt des marchands et les échevins de Paris lui commandèrent un tableau pour la naissance du dauphin ; il fut bien inspiré ; son tableau fit du bruit. Ce qui mit le sceau à sa renommée, ce fut son grand œuvre de la cérémonie des chevaliers du Saint-Esprit, où Henri III reçoit le comte de Gonzalés. L’Académie le nomma professeur d’une commune voix. Malgré son