Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/502

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succès à Paris ; il n’aimait guère cette grande ville ; il n’y respirait pas à son aise, lui qui avait respiré sur les Alpes. Un de ses fils était à Aix ; il ne put résister à l’attrait de revoir cette ville, qui avait bercé son enfance.

A peine avait-il rejoint son fils, que celui-ci partit pour l’Espagne. Jean-Baptiste Vanloo revint à Paris, où il avait laissé sa famille. Cependant le voyage à Aix avait ranimé ses instincts vagabonds ; il ne put vivre désormais à Paris. Il en repartit bientôt pour aller à Londres. Robert Walpole l’accueillit comme s’il eût été un ambassadeur français. Il lui demanda son portrait. Ce portrait ayant plu beaucoup, Vanloo peignit toute la cour, à commencer par le prince et la princesse de Galles. Ce fut une vraie galerie historique. Sa femme et ses plus jeunes enfans étaient venus le rejoindre à Londres ; il s’y trouvait aussi bien qu’on peut se trouver à Londres, quand il apprit la mort de son fils. François, qui voyageait en Italie ; ce fut un coup terrible dont il ne se releva pas. Sa femme le ramena en France, confia leurs enfans à une amie de Paris, et le conduisit en toute hâte à Aix, où il traîna languissamment ses derniers jours.

Il mourut le 19 septembre 1745 ; très inquiet de savoir ce qu’il deviendrait après sa mort, espérant dans son ignorance singulière qu’il y aurait encore quelque portrait à faire là-haut. Après tant de pèlerinages, de courses, de zig-zags sur la terre, il est remarquable et presque étrange qu’il fut enterré dans l’église où il avait été baptisé.

Le caractère du talent de Jean-Baptiste Vanloo est une certaine hardiesse et un négligé agréable ; la patience lui manquait plutôt que l’étude. C’était une heureuse et riche nature qui s’est gaspillée presque sans fruit pour l’art. Son nom a survécu ; plusieurs tableaux de lui survivront. Vous pouvez remarquer, dans quelques églises de Paris et surtout au musée de Versailles, la grande fraîcheur de ses carnations, la légèreté de sa touche, la noblesse un peu théâtrale de son style. Les critiques d’art de l’époque disaient qu’il avait le coloris onctueux, et que sur ce point il était comparable à Rubens. On a cassé le jugement, mais pourtant Jean-Baptiste Vanloo a été le plus grand coloriste, peut-être même le plus grand peintre de son temps après Watteau et avant Carle Vanloo. J’ai sous les yeux un des jolis tableaux de Jean-Baptiste. Il représente une femme à sa toilette, quelque marquise de la régence ; peut-être est-ce un portrait pur et simple. Cette femme n’est pas seule, il y a près d’elle sa soubrette qui lui met des perles dans les cheveux. Les deux airs de