Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/510

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toile la Peinture, la Sculpture, l’Architecture, la Musique et les Beaux-Arts, caractérisés chacun par leurs vêtemens, leurs têtes et leurs attributs, presque tous à genoux, et les bras levés vers la partie supérieure et gauche où le peintre a placé le Destin et les trois Parques. Le Destin est appuyé sur le Monde. Le livre fatal est à sa gauche, et à sa droite l’urne où il tire la chance des humains. Une des Parques tient la quenouille, une autre file, la troisième va couper le fil de la vie chère aux arts ; mais le Destin lui arrête la main…. Cela est beau, très beau… C’est le morceau qu’un artiste emporterait du salon par préférence ; mais nous en aimerions un autre, vous et moi, parce que le sujet est froid, et qu’il n’y a rien là qui s’adresse fortement à l’ame. Cochin, prenez l’allégorie de Vanloo, j’y consens, mais laissez-moi la Pleureuse de Greuze. Tandis que vous resterez extasié sur la science de l’artiste et sur les effets de l’art, moi je parlerai à ma petite affligée, je la consolerai, je baiserai ses mains, j’essuierai ses larmes, et, quand je l’aurai quittée, je méditerai quelques vers bien doux sur la perte de son oiseau. Les Supplians de Vanloo n’obtinrent rien du Destin, plus favorable à la France qu’aux arts. Mme de Pompadour mourut au moment où on la croyait hors de tout péril Eh bien ! qu’est-il resté de cette femme, qui nous a épuisés d’hommes et d’argent, laissés sans honneur et sans énergie, et qui a bouleversé le système politique de l’Europe ? Le traité de Versailles, qui durera ce qu’il pourra, l’Amour de Bouchardon, qu’on admirera à jamais, quelques pierres gravées de Gai, qui étonneront les antiquaires à venir, un bon petit tableau de Vanloo, qu’on regardera quelquefois, et une pincée de cendres. »

Selon Diderot, Carle Vanloo était né peintre comme on naît apôtre, mais par malheur, à ses yeux la peinture était plutôt un métier qu’un art. Pourtant il faut reconnaître en lui un artiste ; il a eu même, comme quelques peintres du second ordre, ses élans de génie. Il lui est arrivé de rejeter le souvenir des grands maîtres, de s’abandonner à son inspiration et de créer une figure digne des grands maîtres. Le plus souvent son œuvre n’était que le souvenir confus de plusieurs écoles ; tantôt il prenait le coloris et la touche du Guide, tantôt la manière du Corrège ; dans ses paysages, c’était Salvator Rosa ; dans ses animaux, c’était Sneyder ou Desportes ; mais de ces maîtres à Vanloo il y avait loin comme d’un chef-d’œuvre à une copie. Cependant, s’il voyait la nature par tous ces yeux étrangers, il la voyait aussi çà et là par ses yeux à lui. De ces échappées, pour ainsi dire, nous viennent ses bons tableaux. Par son style presque naturel,