Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/509

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talent deux beaux chevaux, un diamant ou un collier de perles, le tout d’un très grand prix. Comme Mlle Clairon semblait indécise, la princesse lui dit : « Voyons, que voulez-vous ? – Mon portrait par Vanloo, » répondit-elle.

Carle mourut pauvre, accablé de dignités, le 15 juillet 1765, d’un coup de sang et non, comme l’assure Diderot, par la faute des Graces maussades, qu’il a peintes sur ses derniers jours. L’année même de sa mort, il exposa douze tableaux, entre autres les Graces, une Suzanne, une allégorie et sept sujets de la vie de saint Grégoire. Comme je n’ai pas vu ces tableaux, je laisse parler Diderot. Voici ce qu’il dit des Graces : « Depuis qu’elles sortirent nues de la tête du vieux poète jusqu’à Appelle, si quelque peintre les a vues, je vous jure que ce n’est pas Vanloo. Parce que ces figures se tiennent, le peintre a cru qu’elles étaient groupées. La scène est dans un paysage, un nuage descend du ciel, le site est jonché de quelques fleurs. Que font-elles là ? L’une tient une branche de myrte, l’autre une rose, la plus jeune craint les vapeurs et tient un flacon. Elles ne savent pas ce qu’elles font, elles se montrent. Ce n’est pas ainsi que le poète les a vues. C’était au printemps ; il faisait beau clair de lune, la verdure printanière couvrait les montagnes, les ruisseaux murmuraient en répandant leurs eaux argentées. L’éclat de l’astre de la nuit ondulait à leur surface, le lieu était solitaire et tranquille ; c’était sur l’herbe molle de la prairie, au voisinage d’une forêt, qu’elles chantaient et qu’elles dansaient. Je les vois, je les entends. Qu’elles sont belles et que doux sont leurs chants ! C’est le vieux Pan qui joue de la flûte ; les deux faunes qui sont à ses côtés ont dressé leurs oreilles pointues, les nymphes des bois se sont approchées, les nymphes des eaux ont élevé leurs têtes sur les roseaux frémissans. »

Ce tableau de Diderot est d’un joli caractère, ses Graces font oublier à bon droit celles de Vanloo. Qu’ai-je fait ? Rappeler les Graces en 1842 ! Passons vite à la Suzanne ; mais on ne peut pas toujours reproduire Diderot, sa façon de parler vive et spirituelle n’est pas tout-à-fait le langage des Graces. Je ne citerai plus qu’une page sur l’allégorie de Vanloo, les Arts supplians.

« Les Arts désolés s’adressent au Destin pour obtenir la conservation de Mme de Pompadour, qui les protégeait en effet. Elle aimait Carle Vanloo ; elle a été la bienfaitrice de Cochin. Le graveur Gai avait son touret chez elle. Trop heureuse la nation si elle se fût bornée à délasser le souverain, et à ordonner aux artistes des tableaux et des statues ! On voit à la partie inférieure et droite de la