Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/515

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tout fut englouti dans une mauvaise traversée. Michel avait un grand cœur ; en apprenant ce désastre, il s’écria : « J’ai perdu un bon ami ! » Ce beau mot peut compter dans ses œuvres.

A la mort de Philippe V, il revint en France, où il rétablit peu à peu sa fortune. Il fit surtout des portraits ; quelques-uns, très remarquables, doivent compter dans l’histoire des arts : Louis XV en habits royaux, son oncle Carle Vanloo en costume d’atelier, le cardinal de Choiseul, Cochin, l’abbé de Breteuil, un petit anonyme en pied, habillé à l’ancienne mode d’Angleterre. Dans ce portrait ; il y a d’heureuses réminiscences de Van-Dyck ; les autres sont de l’école de Jean-Baptiste Vanloo. Son chef-d’œuvre est à Versailles ; c’est plus qu’un portrait, c’est un tableau de famille où il s’est peint lui-même. On peut citer encore son Concert espagnol, très digne de remarque pour sa variété de figures charmantes, toutes vraies et achevées. Sa palette avait tour à tour trop de blanc, trop de rouge ou trop de gris ; il ne pouvait attraper la finesse de couleur des femmes ; il s’entendait mieux aux portraits d’hommes. Parmi ceux qu’il a manqués, je cite à regret Marivaux et Diderot. Son crayon était plus sûr que sa palette, tantôt vigoureux, tantôt suave, quoique toujours raisonnable.

Michel Vanloo mourut à soixante-quatre ans. On lui fit une oraison funèbre qui roula surtout sur sa grandeur d’ame. C’était, de l’aveu de Mairan, de Grimm et de Diderot, le plus honnête homme de son temps. Selon Grimm, « sans le connaître, on aimait à être assis à côté de lui sans autre raison que parce que l’honnête homme se repose délicieusement à côté de l’honnête homme. » Je pense que Grimm ne parlait pas pour lui. — Michel Vanloo avait la physionomie de son ame, et à ce propos Diderot, dans une parenthèse de deux pages, se met à faire de la morale, qui aboutit à ne point savoir si on est plus malheureux par le mal que par le bien. La meilleure oraison funèbre de Michel Vanloo, ce furent les larmes de toute sa famille, frère, sœur, tante, nièce, qu’il avait réunis autour de son cœur et de son talent. Il ne laissa que des bienfaits pour tout héritage : comment fût-il devenu riche ? Outre sa sublime générosité, il faisait crédit de plus de cent mille livres au roi de France. Sa majesté finit par le payer, mais comment ? En papiers Nouette, qui perdaient 70 pour 100 sur la place, et dont les intérêts furent réduits à 2 1/2. Michel Vanloo ne se plaignit pas. Tout ce qui était étranger à l’honneur, au sentiment, à l’amitié, n’a jamais effleuré son ame. Il plaignit sa majesté. « Ce pauvre roi, dit-il, est sans doute bien mal-