Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/519

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


hautement un ministère de gauche. Ces déductions ne seraient pas fondées, s’il est vrai que la gauche réserve pour un second tour de scrutin ses voix à M. Dupin ou à M. de Salvandy.

Les conservateurs, de leur côté, pensent que cette dernière épreuve ne sera pas nécessaire.

A la veille de ce grand combat parlementaire, de ce combat qui sera peut-être le seul fait décisif de ce qu’on appelle la petite session, les conservateurs ont senti le besoin de se réunir et de se concerter. L’assemblée était nombreuse, bien que l’on varie beaucoup sur le nombre exact des membres présens. Il y a eu aussi des adhésions de membres absens. Des trois candidats qu’on présentait aux suffrages des conservateurs, M Dupin, M. Sauzet, M. de Salvandy, une majorité fort nombreuse, dit-on, a choisi M. Sauzet, la minorité déclarant qu’elle se conformerait au vœu de la majorité. C’est là du moins un bon exemple de conduite parlementaire.

Nous ne voulons certes pas discuter le mérite relatif des candidats. Considéré au point de vue politique, le résultat de la réunion prouve seulement qu’aux yeux des conservateurs la situation est restée à peu près ce qu’elle était avant les élections, qu’il faut réunir les mêmes élémens, se résigner aux mêmes concessions, manager les mêmes intérêts, et louvoyer sur une mer orageuse avec plus d’habileté que de hardiesse. Cela est vrai ; toute faute pourrait être mortelle au parti.

Ajoutons que les circonstances sont de nature à donner au parti conservateur plus d’ensemble, plus de résolution et d’énergie ; car si, dans la situation douloureuse et difficile où nous a placés le coup qui vient de nous frapper, l’opposition constitutionnelle est loyalement accourue autour du trône de juillet et a subordonné toute querelle politique à la question de dynastie, le parti légitimiste au contraire, loin de s’associer à ce mouvement national, a blessé plus d’un sentiment et inspiré de justes défiances. Cette attitude réveille, pour ainsi dire, la question de juillet, et fera sortir les conservateurs de cet état quelque peu somnolent où le succès et la sécurité placent presque toujours les majorités. La question dynastique sera toujours présente aux esprits ; dans toutes les discussions, la moindre arrière-pensée paraîtra suspecte, et de ces loyales inquiétudes peut résulter plus d’union, plus d’harmonie, plus de vigueur. La question dynastique élargit le terrain parlementaire, au lieu de le rétrécir ; elle appelle sous le même drapeau des hommes qui n’auraient jamais dû se séparer, et moins encore se combattre. Elle les place en présence d’ennemis communs, et peut leur faire sentir qu’il est déplorable et puéril pour le parti national de diviser ses forces, de les consumer en discordes intestines, lorsqu’il s’agit, avant tout, de consolider la révolution. Le roi nous l’a dit, et il n’est pas un ami de la monarchie constitutionnelle, de la monarchie de juillet, qui puisse, sans se donner à lui-même un cruel démenti, oublier un instant ces paroles solennelles : « Assurons aujourd’hui le repos et la sécurité de notre patrie. » Que si on pouvait de ces hautes considérations descendre à des considérations d’un ordre inférieur, et songer à