Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/523

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


désordre dans ces souverainetés multiples et locales ; elles sont aussi un principe de vie, une cause d’énergie. Ce sont là des forces, des forces, qui s’égarent souvent dans les temps ordinaires, mais qui se recueillent, qui se concentrent et s’exaltent lorsqu’un danger suprême paraît menacer la commune patrie. C’est alors que tous ces ruisseaux rentrent dans le même lit, et que la rivière peut couler imposante et majestueuse. Aussi l’histoire de ces confédérations est-elle admirable dans les jours d’efforts et de grandeur, lorsque toutes ces souverainetés locales, menacées dans ce qu’elles ont de plus cher, se forment en faisceau et réalisent pour un moment l’unité, une unité d’autant plus puissante qu’elle est spontanée et qu’elle retrouve à son service ces mêmes énergies indomptables, opiniâtres, qui repoussaient toute règle et tout frein ; elle devient au contraire on ne peut plus fatigante lorsqu’elle raconte les petites et interminables querelles qui surgissent dans les temps ordinaires, lorsque la confédération ne redoute rien de l’étranger. Si on désire qu’une confédération demeure toujours faible, on n’a qu’à la laisser à elle-même. En l’oubliant, on la rend impuissante. Elle ne peut se fortifier et grandir que dans l’adversité.

Les chambres belges s’occupent activement de la convention commerciale signée à Paris le 16 juillet. Tout annonce que la convention sera sanctionnée. C’est là un heureux commencement d’une ère nouvelle dans nos rapports économiques avec la Belgique. Nous demandons au ministère de ne pas s’arrêter à ce premier fait. Quelque louable qu’il soit, il ne suffit pas pour assurer l’avenir de nos relations commerciales avec les peuples qui nous avoisinent. La convention qu’il vient de conclure avec la Belgique lui prouve qu’il est possible de mener à bonne fin des négociations de cette nature. Ne nous endormons pas sur les dangers dont sont constamment menacés les pays où la production a été artificiellement excitée par le système prohibitif. Profitons de l’exemple de l’Angleterre, et prévenons, si cela est possible, les malheurs dont elle se trouve frappée.

Un membre du parlement a réveillé dans la chambre des communes la vieille question des indemnités qu’on nous demande pour l’affaire de Portendic. La question a été examinée en France à plusieurs reprises, d’abord par le comité du contentieux attaché au département des affaires étrangères, ensuite par une commission nommée ad hoc. Nous ne connaissons pas le résultat du travail de la commission ni ses conclusions ; mais nous savons que le cabinet n’a pas accepté l’expédient que le négociateur anglais lui proposait. Cependant les négociations ne paraissent pas interrompues, ce qui veut dire que l’Angleterre n’a pas renoncé à ses prétentions, et que le gouvernement français ne s’est pas refusé péremptoirement à tout examen ultérieur. En réalité, la question en est toujours au même point depuis six ans. Ce qu’il est juste de remarquer, c’est le langage digne et courtois de sir Robert Peel à l’endroit de la France. Ainsi qu’entre particuliers, il est de bon goût que la politesse continue lors même que l’intimité des relations a cessé.