Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/522

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Ces vérités sont de la dernière évidence. Quiconque a essayé de les obscurcir voulait brouiller les deux pays dans un intérêt qui, certes, ne pouvait être un intérêt espagnol.

La diète suisse a pris de nouveau en considération la malheureuse et interminable affaire des couvens d’Argovie. D’après les dernières nouvelles, il paraît que la diète incline à laisser les choses telles qu’elles sont, et à faire sortir, comme on dit, l’affaire du recès. Ce résultat était en effet probable par les changemens intérieurs arrivés dans deux des cantons de la Suisse, Zurich et Genève. On sait que les députés à la diète ne peuvent d’ordinaire voter qu’en vertu et en conformité d’instructions spéciales sur le point en question. Les députations de Genève et de Zurich ont dû recevoir cette année des instructions autres que celles qu’elles avaient reçues les années précédentes. Elles ont dû se rapprocher des cantons libéraux, et s’éloigner davantage des cantons qu’on appelle Sarniens, et que nous appellerions ici de la droite. C’est le centre gauche qui s’est affaibli. Quoi qu’il en soit, dans la question particulière, il aurait été en effet très difficile de trouver une opinion intermédiaire qui pût être acceptée. L’extrême droite est en Suisse, comme partout ailleurs, opiniâtre et intraitable. Tout ou rien est sa devise. Et comme elle ne forme pas la majorité, ne pouvant pas tout empêcher, elle perd tout. Si la Suisse était un pays unitaire, il n’y aurait pas là un grand danger. La minorité subirait la loi de la majorité ; il y aurait de vifs débats politiques, des tiraillemens plus ou moins douloureux, mais en définitive la loi serait commune à tous, le pays serait fortement constitué et fortement gouverné. Pays fédératif, les dissidens à la diète suisse ne sont pas de simples députés ; mais des états, ils n’expriment pas des opinions, mais ils apportent des décisions formellement délibérées dans leurs cantons. La majorité de la diète n’impose pas ses arrêts à des individus qui ont plus ou moins vaguement réfléchi sur ces matières, mais à des corps politiques, à des gouvernemens qui ont les idées les plus exaltées de leur indépendance et qui avaient formellement pris un avis contraire sur ces questions. En présence de ces faits, il ne faut nullement s’étonner des embarras qu’éprouve la Suisse lorsqu’une grave question vient à surgir dans son sein. Ce sont les embarras, les difficultés de tous les gouvernemens fédératifs, et en particulier de ceux de ces gouvernemens où l’élément local l’emporte, par les traditions et la constitution politique du pays, sur l’élément national. Ce qui serait merveilleux, incroyable, c’est qu’un gouvernement de cette nature n’éprouvât pas d’embarras, qu’il n’eût pas de graves difficultés à surmonter. Lorsqu’on porte de loin ses regards sur un état fédératif, en se plaçant au point de vue de l’unité nationale, on est toujours tenté de croire que c’est là un édifice sans base, on s’attend à chaque instant à une grande catastrophe une irréparable ruine. Cependant l’édifice ne s’écroule pas ; on le secoue rudement, et il résiste. Il a fallu les grandes péripéties de la révolution française et de l’empire pour que la confédération suisse se trouvât renversée, et qu’on fût obligé de la reconstruire à nouveau. C’est que tout n’est pas faiblesse et