Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/526

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Le théâtre des affaires humaines se déplace ; elles ne se décideront peut-être plus, comme par le passé, en Italie ou en Allemagne, mais en Syrie ou en Perse. Le sort du monde peut dépendre du siége d’Hérat ou de Gizni ? La bourse de Londres est très occupée de la prise de Péking. À l’heure où j’écris, peut-être les steamers anglais sont-ils sous les murs de cette capitale. Peut-être la Chine va-t-elle être ouverte, le voile qui cachait son antique et curieuse civilisation soulevé et arraché pour toujours. Peut-être dans quelques années les touristes européens iront-ils visiter les lacs et les montagnes du céleste empire ; les hôtels de la rue de Rivoli seront encombrés de mandarins à boutons bleus et à boutons jaunes, et de jeunes bacheliers chinois compléteront leur éducation par un voyage en Suisse ou en Italie.

Jusqu’à ce moment, qui pourrait bien se faire attendre encore, le meilleur moyen de connaître les habitans du céleste empire, c’est de traduire leurs livres d’histoire ou de philosophie, leurs romans et leurs drames. Aujourd’hui que la Chine semble se rapprocher de nous, que la guerre entreprise par les Anglais donne à tout ce qui concerne le peuple chinois ce mérite d’actualité, comme on dit, auquel le public est si sensible, peut-être les lecteurs de la Revue consentiront-ils plus volontiers à entendre parler d’une des trois doctrines qui se partagent les croyances dans l’empire du milieu. Il faut bien connaître ce que pense ce peuple de deux ou trois cents millions d’ames, ce peuple dont le visage et le costume sont, j’en conviens, fort différens des nôtres, qui a les yeux obliques et porte les cheveux nattés, mais chez lequel nous devons nous accoutumer à trouver des hommes comme nous, puisque nous sommes à la veille, j’espère, de fraterniser avec ce membre récalcitrant de la famille humaine.

On sait qu’en Chine les lettrés, qui forment toute l’administration de l’empire, ne reconnaissent d’autre doctrine que le déisme vague et la morale pratique du législateur Confucius. La masse de la nation se partage entre deux sectes religieuses, les bouddhistes et les tao-ssé, ou sectateurs du tao.

Personne n’ignore que le bouddhisme est une réforme du brahmanisme, laquelle, née et persécutée dans l’Inde, s’est répandue à Ceylan, à la Chine, au Japon, au Thibet et chez les nations tartares. J’ai déjà eu plusieurs fois occasion de parler du bouddhisme dans la Revue. Je n’y reviendrai pas aujourd’hui. Aujourd’hui, je veux entretenir mes lecteurs du philosophe qui a fondé la troisième doctrine ayant cours et comptant des partisans nombreux dans l’empire