Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/532

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tant de peine à s’élever, et qu’ailleurs elle a saisi par différens efforts et à l’aide de tâtonnemens divers dans l’idée confuse des mânes, dans celle des existences successives ou de la perpétuité du corps.

J’ai parlé ailleurs des rapports de la morale bouddhiste et de la morale chrétienne[1], et je n’y reviendrai pas ; mais j’indiquerai quelques ressemblances qu’offre avec cette dernière la doctrine des tao-ssé. La chasteté y est recommandée par de nombreux exemples, parmi lesquels figure une histoire fort semblable à celle de Joseph, et la rigueur du précepte s’étend, comme dans le christianisme, jusqu’à la pureté de l’ame et de la pensée. « Quand vous apercevez une belle femme dans la maison d’autrui, vous la dévorez des yeux, un trouble subit vous agite, et vous ne pouvez la bannir de vos pensées. Dès ce moment vous avez commis un adultère dans le fond de votre cœur. » C’est, comme on voit, littéralement la sentence portée dans l’Écriture contre ceux qui mœchantur in corde suo. La charité est prescrite à toutes les pages du livre des tao-ssé, et souvent avec des inventions et on pourrait dire des recherches assez touchantes ; « payez les impôts pour les pauvres gens, rachetez les prisonniers même coupables d’un léger larcin, achetez des terres dont le produit aidera les pauvres étudians. »

Comme chez les bouddhistes et en général chez les Hindous, la charité s’étend aux animaux ; partout où respire la vie universelle, elle doit être respectée. Les préceptes donnés à ce sujet sont d’une minutie à la fois enfantine et touchante : « Laissez toujours du riz pour les rats ; par pitié pour les papillons, n’allumez pas la lampe… » C’est un acte méritoire de délivrer les animaux destinés à être immolés par la main du boucher, ou à tomber sous les coups du chasseur, d’ouvrir aux oiseaux les portes de leur cage et de les mettre en liberté.

Quelle que soit l’origine de la doctrine philosophique de Lao-tseu, des idées indiennes se sont certainement mêlées aux opinions de ses sectateurs. C’est à l’Inde qu’appartient ce respect religieux pour la vie de tous les êtres, lequel fait une loi de les épargner et un mérite de les sauver de la mort. Bans le livre des Récompenses et des Peines, on invoque positivement sur ce point l’autorité des livres de Fo, c’est-à-dire de la théologie bouddhique.

Cette morale, en même temps qu’elle offre la trace de quelque influence étrangère, est cependant profondément chinoise. On le reconnaît à deux signes : avoir des enfans est toujours présenté

  1. Voyez la Revue des Deux Mondes, 1er novembre 1833.