Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/543

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quiétisme, et à quelque chose de très particulier, l’absolu et le quiétisme sous une forme singulière, sous une forme qui ne ressemble à aucune autre, sous la forme chinoise. En outre, c’était agrandir l’histoire intellectuelle de la Chine en donnant pour la première fois une idée véritable de la moins connue des trois doctrines adoptées dans cet empire. Enfin, la publication de M. Julien offre aux sinologues un texte accompagné d’une excellente traduction, qui peut les aider puissamment dans leurs études philosophiques. On ne saurait donc être trop reconnaissant d’un si difficile et si beau travail. Du reste, M. Julien a reçu une approbation qui vaut mieux que la nôtre. Le plus illustre philosophe de l’Allemagne, celui qui est appelé aujourd’hui à professer dans la capitale de la Prusse le résultat d’un demi-siècle de méditation, Schelling, dans une lettre adressée à M. Julien, s’exprime ainsi au sujet de sa traduction de Lao-tseu : « D’après tout ce que M. Abel Rémusat nous avait dit sur l’impénétrable obscurité des paroles et des idées du livre de Lao-tseu, je n’aurais jamais cru qu’un jour viendrait où je lirais ce même livre sans difficulté et avec pleine assurance d’en avoir parfaitement compris le sens et saisi la portée. C’est justement ce que je dois, monsieur, à votre travail aussi consciencieux que judicieux… Je me fais un plaisir d’ajouter qu’à fort peu d’exceptions près je me suis toujours trouvé philosophiquement obligé de me rendre à votre avis… Je me sens éclairé et avancé dans mes connaissances par les résultats si positifs de votre travail, qui témoigne d’une haute intelligence autant que de la plus noble persévérance. »

Nous n’ajouterons rien à un tel suffrage et à un semblable jugement.


J. J. Ampère.