Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/557

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taire, ne savait pas pardonner à l’auteur des Provinciales sa dévotion, depuis deux siècles tous les géomètres ont été d’accord là-dessus. Cependant, quoique ce soient des littérateurs qui aient porté un tel jugement sur le génie de Pascal, les circonstances dans lesquelles cette opinion s’est produite, la réputation dont jouissent à juste titre quelques-uns des écrivains qui se sont montrés si sévères envers Pascal, nous forcent à nous arrêter d’une manière spéciale sur ce point et à soutenir les droits d’un des plus beaux génies que la France ait produits, d’un homme qui fut surtout éminent parce qu’il sut, comme l’a dit un savant critique, donner à l’esprit humain deux titres de gloire à la fois.

En mettant au concours l’éloge de Pascal, l’Académie française avait annoncé aux concurrens qu’ils devaient porter principalement leur attention sur le moraliste et sur l’écrivain, et il était naturel de penser que dans des écrits adressés à une société qui s’occupe de littérature, sans négliger les travaux scientifiques de Pascal, on n’aurait pas insisté particulièrement sur ces travaux, et qu’on s’en serait tenu à cet égard à l’opinion reçue généralement. Cette route n’a pas été suivie par M. Demoulin, qui a voulu apprécier d’une manière toute nouvelle le mérite scientifique de Pascal. Suivant lui, cet esprit supérieur n’aurait eu que de la sagacité dans les sciences, et ne pourrait être comparé ni à Descartes, ni à Leibnitz, ni à Newton (que M. Demoulin juge fort sévèrement aussi), ni à Lagrange. « Placer, dit M. Demoulin dans l’éloge envoyé au concours, sur la même ligne Pascal savant et Pascal écrivain nous semble une dérision pour sa mémoire ! » Ces paroles sont bien tranchantes et bien dédaigneuses, et on pourrait à peine les tolérer si elles étaient sorties de la bouche d’un grand géomètre. Mais un grand géomètre aurait été plus modeste et plus circonspect. M. Demoulin, qui n’a jamais rien produit en géométrie, et dont le nom n’a jamais été prononcé dans les sciences, aurait dei, à notre avis, être plus réservé à l’égard d’un homme qui a toujours excité l’admiration, d’un homme auquel Huyghens écrivait avec une si rare modestie. « J’ai essayé quelques uns de vos problèmes, mais sans prétendre aux prix, et je me crois heureux de n’avoir pas entrepris la solution des plus difficiles, parce que tant de personnes plus intelligentes que moi n’en ayant pu venir à bout, cela me fait conclure que ma peine, aussi bien que la leur, auroit été perdue ! »

Voilà comment s’exprimait a l’égard de Pascal le précurseur de Newton, l’homme qui a donné la théorie de la force centrifuge et