Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/568

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Il faut, reprit le prélat, que je pense un peu à cela… Ce prélat, quittant M. Desprez, lui dit fort obligeamment : Faites-moi l’amitié de me venir voir. Celui-ci, de retour chez lui, écrivit sur-le-champ une relation de toute cette affaire, qu’il envoya à Mme Périer. Je m’en suis servi (ajoute l’auteur) pour le récit que je viens de faire.

Au risque de le faire paraître trop long, nous avons voulu reproduire en entier ce récit, afin que l’on pût bien comprendre la marche de cette affaire. On le voit, ce fut la censure et non pas Port-Royal qui fit les changemens dont M. Cousin se plaint à juste titre. Si dans quelques cas Arnauld et ses amis purent modifier légèrement des passages qui auraient arrêté les approbateurs, cela ne dut avoir lieu que pour éviter que ceux-ci ne fissent des changemens encore plus considérables ; et la responsabilité tout entière demeure à la censure, qui, on ne le sait que trop, repoussait alors jusqu’aux mots hasard et destinée, que les poètes même ne pouvaient imprimer dans certaines contrées de l’Europe qu’en déclarant au commencement du volume (c’était en plein XVIIIe siècle !) qu’ils ne les employaient pas dans un sens païen. A notre avis, M. Cousin attache trop d’importance à deux lettres de Brienne, dont il cite quelques fragmens dans son troisième article, et d’où il résulte qu’il aurait été fait aux Pensées quelques petits embellissemens et éclaircissemens, sans changer en aucune façon le sens et les expressions de l’auteur ; car il ne faut jamais oublier que Brienne, esprit remuant et inquiet, qui fut longtemps enfermé comme fou, et qui, toujours à la piste des anecdotes, écrivit l’Histoire secrète du Jansénisme, n’est pas une autorité que l’on puisse suivre aveuglément. D’ailleurs, comme M. Cousin indique lui-même un certain nombre de corrections utiles et indispensables qui ont été faites par les éditeurs pour compléter des phrases imparfaites de Pascal, il est tout naturel de penser que, même en prenant à la lettre les assertions de Brienne, c’étaient là surtout ces petits changemens qui n’altéraient en aucune façon le sens et les expressions de l’auteur. Malheureusement, après les éditeurs vinrent l’abbé Le Camus et les autres approbateurs (dont M. Cousin, on ne sait pourquoi, ne dit pas un mot), qui examinèrent le livre avec une sévérité inaccoutumée, et qui firent une foule de changemens. C’est donc aux approbateurs, qu’on ne pouvait éviter, et non pas à Port-Royal, qu’il faut s’en prendre si les Pensées ont été défigurées en tant d’endroits. Ces deux genres de corrections, que la comparaison de l’imprimé avec le manuscrit a fait connaître à M. Cousin, sont indiques dans les lettres de Brienne et d’Arnauld,