Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/567

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exact que lui (Desprez), puisqu’il avoit été le solliciteur des approbations, et qu’ainsi il étoit assuré qu’on n’y avoit rien laissé qui pût commettre ni l’auteur ni sa mémoire.

M. l’archevêque, s’étant fait nommer les approbateurs, en parut content et dit : Ce sont de fort honnêtes gens. Je suis assuré que M. l’abbé Le Camus [1] n’y aura rien laissé passer que de fort à propos. Voyons son approbation. Il la lut toute entière et la trouva bien écrite et digne d’un homme de qualité. Regardant ensuite les noms des approbateurs, il dit : Hum, hum ! voilà de leurs gens. Le sieur Desprez dit qu’on ne les avoit pas affectés. M. l’archevêque continuant s’écria : C’est un grand fait que ces gens-là ne sçauroient s’empécher de parler de leur grace ; une chose où il faut dire o ALTITUDO, ils la veulent faire passer pour un article de foi.

« Il dit ensuite : Monsieur Desprez, j’ai une chose qui pourroit bien servir à faire vendre votre livre, et qui seroit bonne à mettre au commencement. C’est un témoignage par écrit, de M. le curé de Saint-Étienne, de l’esprit dans lequel est mort M. Pascal ; il faut que je vous le montre. L’ayant été prendre dans son cabinet, où il étoit sur son bureau, il le lui présenta à lire, puis il lui dit : Eh bien ! monsieur Desprez, que dites-vous de cela ? « Je n’ai rien a dire, répondit-il, sinon que M. le curé de Saint-Étienne est un fort honnête homme et un des curés du diocèse qui fait le mieux son devoir. » Voilà, continua le prélat, un témoignage authentique. Il commença ensuite à dire tout le bien possible de M. Pascal : que l’église avoit beaucoup perdu à sa mort, que ç’avoit été une des plus brillantes lumières de notre siècle, et qu’il avoit tant de vénération pour sa mémoire que, pour peu qu’on lui eût témoigné désirer son approbation, il l’aurait donnée de tout son cœur. Le sieur Desprez lui ayant répondu que ç’aurait été la faveur la plus considérable que cet ouvrage eût pu recevoir, le prélat reprit : Je l’aurois fait très volontiers ; et ensuite, comme revenant de bien loin, et regardant le livre qu’il avoit entre les mains, il dit à un de ses aumôniers qui étoit présent : « Je trouve bien étrange qu’on imprime comme cela des livres qui regardent la religion, sans m’en parler, sans ma participation. Il n’y a qu’à Paris où cela ne se pratique pas, car dans tous les autres diocèses on n’oseroit rien imprimer qui regarde la piété sans la participation de l’évêque ou de ses grands-vicaires. » N’est-il pas vrai ? dit-il à l’aumônier qui lui répondit : « Il est vrai, monseigneur, et cela est même très important. »

  1. Depuis évêque de Grenoble et cardinal.