Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/570

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Mais actuellement que ces entraves n’existent plus, il serait utile, et digne de M. Cousin, de donner une nouvelle édition, une édition véritablement complète et fidèle des Pensées de Pascal. Les articles que M. Cousin a insérés dans le Journal des Savans, et qui, à ce qu’on assure, doivent être suivis de plusieurs autres, ne peuvent tenir lieu de cette édition, car ce journal ne saurait devenir un recueil de variantes. Après avoir prouvé dans son Rapport, à l’aide de quelques exemples bien choisis, que nous n’avons pas les Pensées telles que Pascal les avait écrites, M. Cousin doit réserver les autres variantes pour une nouvelle édition des Pensées, édition qui deviendrait inutile, si tout paraissait dès à présent dans le Journal des Savans. Toutefois une telle entreprise n’est pas exempte de difficultés. M. Cousin a reconnu lui-même que plusieurs des pensées de Pascal ne sauraient être publiées sans quelques modifications, et l’examen attentif du manuscrit original lui prouvera de plus en plus que le nombre des fragmens qu’il deviendrait nécessaire de modifier ou d’omettre est assez considérable. Cependant, si l’on admet le choix et les modifications, où devra-t-on s’arrêter ? et ne donnera-t-on pas aux éditeurs futurs le droit de se plaindre à leur tour ? D’autre part, il ne faudrait pas, comme semblerait disposé à le faire M. Cousin, constituer en état de suspicion toutes les pensées qui ne se trouveraient pas dans le manuscrit original, car il paraît avoir existé autrefois plusieurs manuscrits autographes des Pensées, et dans d’anciennes copies qui se conservent encore, et qui contiennent bon nombre de pensées inédites de Pascal, on a eu soin de distinguer les pensées tirées du manuscrit de l’abbé Périer, qui est maintenant à la Bibliothèque du roi, d’avec celles qui sont extraites d’autres manuscrits. Si M. Cousin rejetait toutes les pensées qui manquent dans le seul manuscrit original qu’on possède à présent, il s’exposerait à effacer quelques-unes des plus belles pages de Pascal. Peut-être conviendrait-il, avant de passer outre, de rechercher avec soin si d’autres manuscrits de Pascal n’existent pas encore au fond de quelques bibliothèques. On voit, par une lettre inédite de Pavillon à Domat, qu’en 1676 ce dernier avait entre les mains des manuscrits de Pascal, et qu’il ne se montrait pas disposé à les rendre à la famille Périer, qui les demandait. Où les manuscrits de Domat, qui était un très savant jurisconsulte, sont-ils enfouis ? Si on les découvrait, on y retrouverait très probablement les écrits de Pascal dont il s’agit. Nous prenons la liberté de recommander aussi à M. Cousin les copies et les extraits des pensées de Pascal, faits sur des manuscrits qui n’existent plus.