Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/647

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Martin dans le royaume d’Aoude, ont plutôt servi les intérêts de la compagnie que ceux des princes qui avaient en eux une confiance aveugle ; Jean-Baptiste[1] et l’Arménien Jacob ne sont que des traîtres qui concentrent en eux seuls toutes les forces du Scindia. MM. Allard et Ventura ont sans contredit rendu de très grands services, mais ils se sont un peu trop enivrés de l’encens qu’on leur prodiguait sur le territoire anglais. Comme militaire, M. Allard n’aurait pas dû s’assimiler à un marchand, et moins encore à un boutiquier soudagar[2], car c’était se dégrader aux yeux de la nation, qui ne regarde comme noble qu’une seule profession, celle des armes. Ces deux officiers ont trop oublié qu’ils étaient Français avant tout. Un Anglais n’aurait pas agi ainsi à leur place. Allez le long de la mer Rouge, et vous verrez les difficultés que le capitaine Hay[3] jettera sur vos pas.

M. Court est venu dernièrement avec huit mille Sicks au secours du général Pollock, afin d’ouvrir les défilés du Khéber, où l’armée anglaise tremblait de s’aventurer seule. Il n’ignore cependant pas que l’Angleterre a depuis long-temps les yeux fixés sur le Pendjab ; les désastres seuls du Caboul ont retardé la chute de cet état. Déjà les Anglais ont pris en partie possession du pays par la concentration de plusieurs régimens à Peschaver. Les forces réunies à Loudiana et à Firozepour peuvent être en un moment lancées sur Lahore. Ajoutons que l’Angleterre a besoin des trésors de Goomdeghar pour combler le déficit de la guerre de I’Afghanistan, et que ses frontières naturelles sont l’Indus jusqu’à Attok et les montagnes de Kaschemir. En 1838, Randjit-Sing ne voulut jamais permettre l’entrée des troupes anglaises sur son territoire ; il se contenta de leur fournir des provisions et des bateaux, et prit l’engagement de marcher sur le Caboul avec l’armée qu’il avait assemblée à Peschaver.

Les habitans des campagnes et les industriels des villes ne prenant jamais part aux querelles de leurs princes, quand celui-ci a été battu,

  1. Il est fils d’un officier français de l’armée du général Perron ; sa mère était Maharrate. C’est maintenant un vieillard de soixante-treize ans, possédant une fortune immense. Il est commandant de l’artillerie, a sous ses ordres un camp de huit mille hommes, et a toujours été au service des Maharrates. Pour cause de trahison, le maharadja, l’avait fait attacher sur un canon, les mains enveloppées de mèches, et avait déjà donné l’ordre d’y mettre le feu, quand Jean-Baptiste fut sauvé et réinstallé par l’intercession du commandant anglais, à qui il avait livré le territoire.
  2. M. Allard avait un magasin à Lahore où l’on trouvait jusqu’à des allumettes phosphoriques ; il était tenu par son domestique Baptiste.
  3. Agent politique à Aden.