Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/648

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quand ses trésors ont été pillés, il ne trouve aucune ressource parmi ses sujets. Le rayot ne connaît que le zemindar, qui est dans une entière dépendance vis-à-vis du canoungae[1]. Dans les temps de crises, les banians (petits marchands), les mahadjens (négocians), les cherraf (changeurs), les sahokar (banquiers), et toute la caste des saoudagards (colporteurs), enfouissent leurs trésors et leurs marchandises, puis ils attendent patiemment les résultats de la guerre. On ne voit pas, comme en Europe, les diverses peuplades prendre les armes pour repousser un ennemi commun ; il n’y a chez elles aucune nationalité, si ce n’est celle de la caste, qui ne peut soulever de passions que lors des fêtes religieuses.

Tel est le caractère des populations indiennes à quelques exceptions près ; il y a bien de temps à autre des insurrections partielles parmi les musulmans d’humeur très turbulente qui habitent les royaumes d’Aoude, Haïderabad, les environs de Bengalor, dans la patrie d’Aïder-Ali, parmi les tribus bordant l’Indus, dans le Radjpoutana même ; mais ces insurrections, n’ayant pas un but politique fondé sur l’amour de la patrie, et ne trouvant aucun écho chez les peuplades voisines, tombent d’elles-mêmes, ou disparaissent à l’aspect d’un ou deux régimens, souvent formés de soldats nés dans le pays même. Le soldat indien, comme le chien, ne sait qu’obéir à la main qui le nourrit ; il exécutera aveuglément tous les ordres, pourvu qu’ils ne soient pas en opposition avec ses préjugés religieux. Quant aux mots patrie, honneur, ils sont renfermés dans l’expression hindoustane : Némack hallai (fidèle au sel). C’est aussi l’expression biblique qui signifie un serviteur honnête et fidèle. Bien loin de prendre part à aucun soulèvement, la classe industrielle verrait, au contraire, une pareille crise avec effroi, sachant bien que ce qu’elle aurait de plus précieux et de plus sacré deviendrait la proie d’une soldatesque furieuse. Les Maharrattes s’étaient fait détester par leur férocité et leurs brigandages, leur passage étant toujours marqué par le fer et le feu. Les Pindarris ont laissé des souvenirs qui rappellent les scènes des cannibales ; c’étaient les paisibles habitans, leurs propres compatriotes, qui souffraient seuls de leurs cruautés. La descente des Népalais fut aussi marquée par le massacre des peuplades inoffensives des plaines. Cette armée de fakirs que le fana-

  1. Officier du revenu public, dont l’approche est toujours suivie d’un ou deux régimens et d’une pièce d’artillerie, car tel est le mode général de lever les impôts chez les princes natifs. Il y a presque toujours effusion de sang, pillage ou massacre.