Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/657

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Belgique tout ce que l’Angleterre lui avait ôté sur notre marché, entre autres un débouché de quinze cent mille kilogrammes de toiles, et peut-être de lui assurer un chiffre d’importation encore supérieur.

On demandera peut-être ce que l’industrie linière française gagnera à l’ordonnance du 26 juin, puisque le traité du 16 juillet détruit en grande partie les effets de cette ordonnance. Voici la réponse. L’industrie française avait à lutter contre deux concurrences, celle des Anglais et celle des Belges ; elle n’aura plus à en combattre qu’une, celle des Belges. Or, il s’en faut de beaucoup que la production soit illimitée en Belgique comme en Angleterre. Les Belges ne peuvent guère aller au-delà d’une exportation totale d’une cinquantaine de millions, dont la France reçoit, il est vrai, la plus grande partie. En Angleterre, au contraire, il n’y a pas de bornes. Les conditions de la production sont à peu près les mêmes en Belgique qu’en France, et la différence des prix est bien moins forte. Enfin, il ne faut pas oublier que notre. industrie reste toujours protégée contre l’industrie belge par le droit de 10 à 11 pour 100 établi par la loi du 6 mai 1841.

Un économiste a évalué à 128 millions de kilogrammes la récolte totale de la Belgique, en lin vert, dans les bonnes années. Ces 128 millions de kilogrammes de lin sont évalués 13 millions de francs environ. Le teillage, le rouissage et le séchage réduisent de moitié le poids du lin vert, et font tomber à 64 millions de kilogrammes le poids du produit, mais en élevant sa valeur à 15 millions. Le battage et l’espadage font ensuite descendre le poids à 18 millions de kilogrammes, en portant la valeur à 25 millions.

C’est dans cet état que le lin commence à s’exporter. Des 18 millions de kilogrames de lin battu, on compte qu’il s’en exporte, année commune, 5 millons de kilogrammes. Restent dans le pays 13 millions de kilogrammes dont le poids est descendu, par le peignage, à 11 millions et demi de kilogrammes, et la valeur élevée de 18 à 22 millions. Le filage porte cette valeur à 36 millions. Enfin, par la conversion de quinze cent mille kilogrammes en fil à coudre, et des 10 autres millions en toiles, on arrive, en y comprenant la valeur du lin exporté, à un total de 63 millions pour produit annuel de l’industrie linière en Belgique.

Sur cette somme, les Belges ont exporté dans certaines années, en 1838, par exemple, pour plus de 50 millions. En 1840, leur exportation était tombée à 38 millions par suite de la concurrence anglaise ; tout ce qu’elle peut espérer, c’est de remonter à son premier taux.

La filature à la mécanique n’est pas en Belgique, comme en France, à ses commencemens, mais elle n’y est pas arrivée an même développement qu’en Angleterre ; il paraît que la Belgique possède en ce moment de cinquante à soixante mille broches tournantes : c’est beaucoup plus que nous n’en avons, c’est le vingtième de ce qu’en ont les Anglais.

Et cependant nos fabricans se plaignent encore. De nombreuses réclamations se sont élevées contre le traité. Un des plus grands argumens qui aient été invoqués par les intéressés est celui-ci. -Les Anglais, a-t-on dit, vont