Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/662

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


français ne gagnera pas en exceptant du nouveau droit les fils et tissus belges, nous n’aurions pas de peine à trouver autant de millions que les Belges trouvent de centaines de mille francs.

Toutes ces récriminations sont maintenant inutiles, Dieu merci ; le traité est un fait accompli. Ni les plaintes exagérées de la chambre de commerce de Lille, ni les accusations absurdes de certains membres des chambres belges, ne peuvent le détruire. Son grand mérite comme son véritable tort aux yeux des uns et des autres est d’être un pas vers un rapprochement plus intime entre les deux pays. C’est donc sous ce dernier point de vue que nous devons le considérer.

Nous avons dit quel était dans les deux pays l’état de l’opinion sur cette question. On reconnaît en Belgique que l’union commerciale aurait pour le pays de grands avantages commerciaux, mais on craint qu’elle n’ait en même temps un danger politique. On croit en France que cette union serait pour la France d’un véritable intérêt politique, mais qu’elle serait en même temps d’un grand désavantage commercial. Le nouveau traité aura pour détracteurs, tant en France qu’en Belgique, ceux qui ne veulent pas de l’union ; il aura pour défenseurs ceux qui la désirent. Nous sommes de ces derniers.

Il est inutile d’insister beaucoup sur ce double fait, que le rapprochement le plus étroit possible entre la Belgique et la France serait commercialement utile à la Belgique et politiquement utile à la France.

Commercialement, les Belges s’ouvriraient un marché de 34 à 3 millions d’hommes. Les innombrables produits de leur industrie perfectionnée, houilles, fers, toiles, draps, dentelles, etc., y trouveraient un placement assuré. Une seule de leurs industries périrait, et celle-là n’est pas à regretter, car elle est la honte d’un pays civilisé. Nous voulons parler de la contrefaçon. Ce n’est plus d’ailleurs une bonne affaire que cette maraude organisée ; la concurrence dévore les contrefacteurs et leur rend tout le mal qu’ils font à notre librairie. Pour leur intérêt comme pour leur honneur, les Belges doivent désirer d’abandonner cette source d’indignes profits, qui n’est plus guère qu’une source de pertes.

Politiquement, la France augmenterait en quelque sorte sa population de près de quatre millions d’hommes, unis avec elle d’intérêts comme ils le sont déjà parla langue et par les idées. L’édifice des traités de 1815, déjà fortement ébranlé par la séparation de la Belgique et de la Hollande, serait renversé pacifiquement. Notre frontière du nord serait couverte par un pays nécessairement ami et allié. Les efforts de tout genre que nous avons faits depuis douze ans pour défendre l’existence de la Belgique auraient complètement atteint leur but, le droit publie de l’Europe serait changé sans violence, sans bruit, sans secousse révolutionnaire, sans combat. Cela est évident par soi-même et n’a pas besoin d’être démontré.

Reste pour la Belgique la question politique et pour la France la question commerciale. .

La Belgique, dit-on, perdra à l’union commerciale avec la France son indé-