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en paix pendant que tout serait en feu autour d’elle. Elle ne pourrait, en aucun cas, être attaquée par nous dont elle serait l’alliée, et si elle était attaquée par nos ennemis, nous serions là pour la défendre. C’est, comme on voit, une façon commode d’aliéner son indépendance que de s’engager à tirer d’un voisin puissant tout le bien possible, tout en évitant de s’associer à ses mauvaises chances.

Voilà pour la question politique en Belgique. Quant à la question commerciale en France, elle exigerait un travail à part. Il y a déjà plusieurs années, M. Léon Faucher a déduit victorieusement dans cette Revue même les motifs qui devaient faire désirer à la France, même sous le point de vue commercial, une union plus étroite avec la Belgique. Plus récemment encore, deux autres économistes, M. de La Nourais et M. Wolowski, ont traité la même question dans d’autres publications avec une série de chiffres et de raisonnemens tout-à-fait concluans. La plupart des journaux soutiennent tous les jours la même thèse. Pour ne pas tomber dans des redites inutiles, nous ne présenterons ici que deux ou trois argumens principaux.

La plupart de ceux qui croient qu’un rapprochement commercial entre la France et la Belgique serait nuisible à l’industrie nationale partent d’une idée mathématiquement fausse. Ils s’imaginent que, puisque ce rapprochement serait avantageux à la Belgique, il serait nécessairement désavantageux pour la France. C’est une grande erreur économique. Quand deux commercans traitent ensemble, ils gagnent habituellement tous les deux, ou ils ne savent pas faire leurs affaires. Le gain de l’un n’est nullement exclusif de celui de l’autre. Seulement chacun d’eux doit avoir un placement que l’autre n’avait pas, et qui donne dans ses mains à l’objet échangé une valeur nouvelle. Voilà tout le mystère. Si nous pouvons offrir à la Belgique des placemens nouveaux pour ses produits, elle peut nous offrir à son tour des placemens nouveaux pour les nôtres.

Ceci n’est pas une théorie d’économie politique ; c’est un fait positif. Le total actuel des importations étrangères en Belgique est de 200 millions de valeurs par an ; sur ce chiffre, la France n’en a qu’un cinquième, 40 millions environ. Qui ne voit que, si la ligne de douane était supprimée, les produits français prendraient en grande partie sur le marché belge la place des produits étrangers ? Sur une marge de 160 millions, il y a beaucoup à gagner, sans parler de l’augmentation naturelle de consommation qui résulte toujours d’une plus grande facilité d’échanges.

On craint la concurrence des industries belges pour les industries similaires françaises. Il faut bien qu’il y ait là quelque erreur, car les industries belges affectent à leur tour de craindre la concurrence des nôtres. Les Belges, dit-on, produisent à meilleur marché que nous. C’est possible, mais nos produits ont des qualités que les leurs n’ont pas. Pourquoi d’ailleurs produisent-ils à plus bas prix ? C’est que leurs tarifs de douane sont plus bas que les nôtres, et qu’ils ont les matières premières à de meilleures conditions. Or on sait que la première conséquence de l’union serait de mettre nos propres tarifs à la