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quand on vient à mettre en question l’existence à venir des banques, de qui dépend toute la situation financière et commerciale d’un pays.

Il ne faut pas, du reste, accuser ici l’erreur du vulgaire, car l’indifférence que nous signalons est le partage même des hommes éclairés. Il faudrait plutôt accuser la science, qui n’a pas su assigner aux banques leur véritable place. Il semble qu’il y ait dans le jeu de ces institutions quelque chose de mystérieux qui échappe à l’examen et ne se laisse pas soumettre à l’analyse. Ce qui est sûr, c’est que la science n’a pas encore su rendre compte de leur action. Cherchez, en effet, dans les travaux des économistes, et vous n’y trouverez rien qui explique d’une manière satisfaisante, nous ne dirons pas les immenses bienfaits des banques, car ces bienfaits, on les conteste, mais l’étonnante et incontestable influence qu’elles ont exercée dans tous les temps.

Pourtant les opérations qui constituent le commerce de banque n’offrent rien par elles-mêmes de très compliqué dans la pratique. Il est probable qu’à l’origine elles ont été imaginées sans effort, sans grand travail d’esprit. Le seul maniement des affaires les a suggérées à des hommes simples, qui n’avaient d’autre science que la science vulgaire du commerçant. Aussi se sont-elles introduites dans le monde sans date certaine et sans nom d’auteur. Mais ces mêmes opérations, si faciles à concevoir, à imaginer, à pratiquer, qui, dès le principe, n’ont pas arrêté un seul instant les esprits les moins subtils, présentent encore aujourd’hui, quand on les considère dans leurs relations avec le commerce en général, un problème épineux contre lequel vient échouer toute la pénétration des plus savans économistes. Phénomène étrange, dont on admettrait à peine l’existence, si l’on n’en retrouvait ailleurs des exemples ! Pareille chose se remarque à propos du langage. Le peuple qui crée les langues et qui les forme ne les comprend pas, du moins ne sait-il pas se rendre compte des lois qui les gouvernent. En créant les mots, il les rapporte à l’ensemble avec un instinct sûr, et ces rapports, qu’il a établis lui-même, il n’en a pas conscience. Il connaît la langue pour son usage, il la pratique, il la manie comme un instrument docile ; mais ce même instrument dont il se sert tous les jours sans effort, et qui est son ouvrage, renferme des mystères dont il n’a pas la clé. C’est par un contraste semblable que la raison du commerce échappe au commerçant. Ainsi va l’homme dans la plupart de ses voies ; il marche d’un pas ferme et sûr, guidé tantôt par le sentiment de ses besoins, tantôt par le fil d’une analogie secrète, et quand ensuite, faisant un retour sur lui-même, il interroge ses œuvres, il n’en comprend plus le sens : il s’étonne de ne plus même retrouver la trace de ses pas dans la route qu’il vient de parcourir.

Le commerce de crédit, de change et d’argent, dont les banques s’occupent, étant susceptible d’un grand nombre de combinaisons diverses, il y a naturellement plusieurs sortes de banques, et quelquefois les conditions d’existence, aussi bien que les procédés, varient tellement de l’une à l’autre, qu’on est étonné de voir appliquer la même dénomination à des institutions si dif-