Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/786

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reçut des dépôts et effectua les paiemens des particuliers, à son exemple. Cependant les guerres étrangères et civiles, qui affligèrent continuellement cette république, lui rendirent si souvent nécessaire la ressource des emprunts, et la banque de Saint-George eut avec le gouvernement des rapports si fréquens, si étroits, qu’il faut plutôt considérer celle-ci comme une caisse d’emprunts publics que comme une institution commerciale.

La banque d’Amsterdam, établie en 1609, à peu près sur les mêmes principes, se renferma au contraire dans ses rapports avec le commerce. C’est la plus considérable qui ait existé dans ce temps-là. Des institutions du même genre furent fondées à Hambourg en 1619, à Nuremberg en 1621, et à Rotterdam en 1635.

Jusque-là, comme on vient de le voir, les banques commerciales n’avaient eu que des fonctions très restreintes. Elles ne s’étaient pas appliquées au développement du crédit ; elles n’avaient pratiqué ni l’escompte des effets de commerce, ni les avances à découvert, ni la circulation des billets ; tout leur emploi consistait à faciliter les paiemens des particuliers, en les effectuant par de simples écritures et sans aucun transport de numéraire. Ce n’est pas que le principe de la circulation des billets fût alors inconnu : il paraît certain qu’il avait été mis en pratique à Venise dès le XVe siècle ; mais la république s’effraya de la disparition du numéraire[1], qui en fut la conséquence, et comme elle soutenait alors des guerres lointaines qui exigeaient l’emploi de sommes considérables en monnaie effective, elle se hâta de le rappeler en interdisant d’une manière absolue tous les paiemens en papier. Depuis lors, cette tentative n’avait plus été renouvelée nulle part, au moins d’une manière suivie et régulière.

On s’étonne que des villes aussi industrieuses, aussi commerçantes que l’étaient Venise, Amsterdam, Hambourg, ne se soient pas portées plus avant dans la voie féconde où elles s’étaient engagées, qu’elles se soient arrêtées si long-temps pour ainsi dire aux portes du crédit, sans essayer d’y entrer. Il n’y avait qu’un pas à faire. Les dépôts effectués dans les caisses des banques se montant à des sommes considérables, il était aisé de comprendre l’avantage qu’il y aurait à utiliser ces valeurs oisives en les reversant par une autre voie dans la circulation. Il n’y aurait eu, du reste, aucun danger à le faire, si les banques avaient eu soin de se faire préalablement à elles-mêmes une réserve propre à rassurer les déposans. L’expérience ayant prouvé que les dépôts séjournaient long-temps dans les caisses, et n’étaient jamais retirés que par petites sonnes, aussitôt remplacées par d’autres, il suffisait de tenir constamment les caisses assez bien pourvues d’argent pour suffire à toutes les demandes éventuelles. Le reste, formant un excédant réel sur les besoins du service, pouvait très bien retourner au commerce, en servant à l’escompte de ses effets. C’est ainsi que les banques auraient augmenté les ressources du commerce en entrant dans la voie du crédit. Ce premier pas eût bientôt con-

  1. On verra plus loin comment cette disparition du numéraire s’explique.