Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/794

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ciennes banques s’étaient proposé, cet objet spécial et pour ainsi dire exclusif de leur institution, d’éviter les transports coûteux du numéraire, a été mieux et plus complètement rempli.

En outre, les dépôts ne sont pas restés ce qu’ils étaient, un simple cadre pour les transferts ; ils sont encore devenus un moyen d’économie et d’ordre. Quiconque a eu par devers lui une somme d’argent actuellement disponible a pu la faire fructifier, en attendant le moment de s’en servir. Dès-lors quel ménagement de la richesse sociale ! Quelle activité constante dans son emploi ! Pas une faculté qui demeurât oisive, pas une parcelle du numéraire existant qui ne montrât son produit de tous les jours.

L’usage des dépôts se répandant de proche en proche jusque dans les rangs inférieurs de la population, les banques écossaises se sont vues même chargées d’une fonction plus imprévue et plus haute. Dans leurs mains ont été remises, à côté des fonds disponibles du riche, les lentes économies du pauvre. Caisses de garde, de réserve et de prévoyance pour le premier, elles sont devenues pour l’autre des caisses d’épargne et d’accumulation. Elles la remplissaient, cette fonction de haute prévoyance sociale, et la remplissaient avec bonheur, long-temps avant que le nom des caisses d’épargne, aujourd’hui si populaire, eût été prononcé En Angleterre ou en France ; et mieux organisées d’ailleurs pour cet emploi que ne le sont nos caisses actuelles, puisqu’elles trouvaient toujours dans leurs crédits et leurs escomptes l’occasion de fertiliser les dépôts, elles n’étaient pas obligées, comme elles, de mesurer le bienfait. Elles ne marquaient pas une limite étroite et sévère où le montant des dépôts s’arrêterait. Aussi l’ouvrier laborieux qui leur avait confié son pécule pouvait-il, par des apports successifs et l’accumulation croissante des intérêts, le grossir sans mesure et sans terme, non pas seulement de manière à se former une réserve pour les mauvais jours, mais encore de manière à s’élever un jour, par la formation d’un établissement, au-dessus de sa condition présente. Grande et salutaire institution, qui répandait l’espérance parmi le peuple, en même temps que les idées d’ordre et le souci de l’avenir ! Ainsi, les banques écossaises ont long-temps remplacé les caisses d’épargne, qui n’étaient pas connues ; elles en sont aujourd’hui l’indispensable complément.

On peut imaginer combien la masse des dépôts reçus par les banques, et reversés par elles sous forme d’avances au commerce, augmentaient la puissance de ces établissemens comme maisons d’escompte et de crédit. N’eussent-elles fait aucun usage de leurs capitaux propres, elles auraient trouvé dans la somme des dépôts confiés à leur garde des ressources suffisantes pour faire face à d’innombrables escomptes et à des crédits fort étendus.

En 1826, les embarras du commerce et les succès constatés des banques écossaises déterminèrent le parlement à rapporter l’acte de 1708, qui interdisait en Angleterre le commerce de banque à toute compagnie composée de plus de six associés ; au moins l’application de cette mesure fut-elle restreinte à un rayon de soixante milles autour de Londres. À partir de ce moment, on