Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/795

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vit surgir en Angleterre, à côté des banques privées, des joint stock banks, instituées à l’imitation de celles de l’Écosse. Elles s’élevèrent d’abord lentement, et en 1833 il n’en existait encore en tout que trente-quatre ; mais dans les années suivantes elles se multiplièrent avec une telle rapidité, qu’en 1836 on en comptait déjà près de quatre-vingts. Réunies aux banques d’Écosse, elles constituent aujourd’hui, sur la surface de la Grande-Bretagne, le système de crédit sinon le plus large, au moins le plus complet qui ait existé dans aucun temps.

Quand on a étudié dans leur mécanisme ces belles institutions, il ne reste plus, dans l’ordre des faits existans, aucun progrès réel à observer. Nous n’essaierons donc pas de mettre en scène les banques commerciales établies ailleurs. Ce qui nous reste à faire, c’est d’exposer la théorie générale des banques, en nous éclairant des faits qui précèdent. La tâche est difficile, nous le savons ; mais, si nous réussissons à nous rendre clair, nous ne désespérerons pas de la remplir.


III.


De toutes les facultés que les banques possèdent, la plus prestigieuse, sans aucun doute, est celle d’émettre des billets circulans. Ce don de payer avec du papier au lieu de numéraire, et de faire accepter ce papier de tout un public pour de l’argent comptant, a quelque chose en effet de bien remarquable, et qui tient, en apparence, du merveilleux. Aussi a-t-il de tout temps séduit les imaginations aventureuses, et, par la même raison, effrayé les esprits timides. Les uns ont vu dans cette faculté une source intarissable de richesses, les autres un dangereux leurre qui devait nécessairement conduire aux précipices ; tous se sont accordés d’ailleurs à la considérer comme essentielle et fondamentale pour les banques, à tel point qu’ils ont presque oublié les autres fonctions que ces institutions remplissent, pour ne voir en elles que des fabriques de billets. Si l’on avait examiné les choses de plus près, on aurait vu que cette faculté, toute brillante qu’elle est, n’a rien après tout que de naturel et de simple, rien qui ne s’explique par les données générales du commerce. On aurait compris aussi que, malgré son importance réelle et très grande, elle ne remplit après tout, dans l’ensemble des opérations d’une banque, qu’un rôle subordonné, comme étant l’indispensable complément d’une autre fonction plus essentielle.

Mais il fallait d’abord se rendre un compte exact de sa nature et de ses effets. Il fallait savoir d’où cette faculté dérive et jusqu’où elle s’étend ; il fallait surtout comprendre le véritable caractère du billet de banque, et le principe de son émission. Sur tout cela que d’erreurs ! que de théories incohérentes, absurdes, consacrées pourtant par le silence et quelquefois par l’assentiment des meilleurs esprits !

L’opinion assez généralement reçue est que la faculté d’émettre des billets de banque revient à celle de battre monnaie, et qu’elle tend à remplacer